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Autour de la culture haïtienne

Sur l’épineuse question en qui a trait à l’existence de la culture des peuples victimes de la colonisation,  deux camps s’affrontent ; une première tendance inscrit sa démarche dans la logique d’ethnocentrisme et développe une théorie axée sur les concepts d’acculturation, d’assimilation ou tout simplement de déculturation. Laquelle tendance fait ressortir l’idée que ces peuples intègrent la culture de leurs anciennes métropoles. Tandis qu’une autre, en suivant la perspective du courant relativisme culturel indique, de préférence,  les anciens pays colonisés ont faconné leur propre culture présentant ses propres traits. C’est ainsi que certains auteurs  parlent de diversité culturelle et d’autres de résistance culturelle.

Chez nous en Haïti, le débat n’est pas trop différent. Plus d’un siècle après la discussion opposant  les Eclectiques aux Nationaux autour de l’existence de la littérature haïtienne et de la reconnaissance du créole comme une langue à part entière : deux formes de manifestation culturelle, certains critiques interrogent encore l’existence de la culture haïtienne. Par rapport à cela, deux questions peuvent se poser ; peut-il y avoir de société sans culture ?   Qu’est ce qui  fait problème à l’originalité de la culture haïtienne ? 

Notre démarche consiste à définir en premier lieu le concept culture  tout en jetant un regard sur les grandes approches anthropologiques y relatives, parler en second lieu du processus de formation de la culture haïtienne, et en dernier lieu   confirmer l’existence de la culture haïtienne par la présentation de ses diverses manifestations.  


I.- Définition du concept « culture » et regard sur les trois (3) approches anthropologiques

Dans le domaine des sciences sociales, la notion de culture est très polysémique. Car chaque auteur s’en fait une définition correspondant à sa vision du monde. Néanmoins, la définition la plus adoptée et qui retient également notre attention est celle proposée en 1871 par l’Anthropologue britannique E.B Tylor. Selon ce dernier, « la culture est cet ensemble complexe qui comprend la connaissance, les croyances, l’art, le droit, la morale, les coutumes et toutes les aptitudes et habitudes qu’acquiert l’homme en tant que membre d’une société ». Ainsi dans cette définition, il est facile de voir ses différentes composantes qui sont par conséquent le droit, toutes les formes de connaissance, l’artisanat, les valeurs morales, les croyances religieuses, les traditions, la cuisine, la peinture, le langage pour ne citer que ceux-là.  De là, l’on comprend vite qu’il faut passer en revue tout cela dans notre réflexion.

Dans cette même définition, Tylor insiste sur l’idée que la culture est quelque chose qui s’acquiert. En parlant de cela, trois (3) grandes approches anthropologiques prennent chair. Il s’agit du modèle fonctionnaliste indiquant l’individu est le produit de sa culture, du modèle interactionniste postulant l’idée l’intégration culturelle se fait suivant le contexte d’interaction et de la théorie favorisant l’interdépendance. Dans cette dernière figure Ruth Benedict, elle explique que toute culture présente un type ou un modèle particulier.  En plus, selon elle, la culture n’est pas l’addition de traits culturels. Dans la même lignée s’inscrit Franz Boas développe la théorie du particularisme historique postulant que chaque culture est le fruit d’un processus historique.   Ainsi l’on rejette les thèses portant sur l’acculturation ou d’assimilation pour parler de la culture haïtienne. C’est dans cette perspective théorique que nous inscrivons notre démarche.

II.- Processus de formation de la culture haïtienne

En nous basant sur l’approche de Franz Boas, on peut avancer que la culture haïtienne est le produit de son histoire de colonisation ; elle résulte de tout le brassage culturel qu’a connu Haïti au cours de son époque de colonisation.  Elle est riche en traditions indienne, africaine, occidentale et créole.  Dans les colonnes du quotidien Le National en ligne paru le 21 mai dans son article titré l’art haïtien et son héritage indien de la terre mère portant la signature de Marie Alice Theard, on lit ceci :

«   Les survivances ethniques indiennes se perpétuent dans notre culture populaire : l’architecture des maisons à  la campagne et leurs toits de chaume, la forme circulaire des  péristyles  du culte vodou et autres lieux de réunion pour les combats de coqs et activités ludiques ; le tabac, la préparation du yucca (manioc) et la confection de la cassave, le tissage des hamacs, les pipes, les jarres et cruches en terre cuite, les dessins des « vèvè », les assotors, les govis, les haches, les attributs des loas, les dessins utilisés pour orner les drapeaux des houmforts dans le rituel vodou, la danse « rara » rythmée par les « vaccines de bambou » et les chasubles portées par les « majors joncs » ou fifres précédant ces bandes de la période de Carême, etc. » 

Mise à part des survivances ethniques indiennes, elle porte l’empreinte des autres groupements humains évoluant sur le territoire.  En fait, le contact culturel qu’avaient les Aventuriers français avec les Noirs de l’Afrique favorise la création d’une culture originale que l’on baptise au lendemain de 1804 de la culture haïtienne.   Car les Haïtiens sont les descendants de ces deux races biologiques et gardent par conséquent leur héritage culturel.  En termes d’héritage voici ce qu’écrit un analyste :

« Enfin l’Europe, notamment la France dont nous parvient l’écho lointain de notre passé colonial. L’héritage est encore bien vivace dans le domaine de la langue, de certains traits culturels, de la littérature et de la religion .C’est à cette époque que remontent les plus éloquents éléments de notre patrimoine .Qu’il s‘agisse de l’architecture monumentale, l ‘architecture publique, l’architecture privée. Egalement les villes qui élaborent leur développement organique à partir de schémas hérités du fait colonial , « évolution et approfondissement de la culture populaire , de sa créativité en institutions parallèles à celles des pouvoirs , de sa capacité d’adaptation sociale , religieuse , technique , coutumes , styles premières ébauches de recherche d’originalité artistique par la musique , la peinture , la littérature , prodigieux foisonnements de réponses aux défis de la vie. »

Même si elle est l’imbrication des traditions de tous les groupements humains évoluant sur le sol depuis l’époque précolombienne jusqu’en 1803, il importe cependant de dire  qu’elle n’est ni latine ni africaine comme fait remarquer le sociologue Jean Casimir dans son texte l’interminable dialogue entre les Sourds. Cela étant dit qu’elle présente un trait particulier qui  la différencie de toutes ses cultures souches.  Ainsi on peut dire qu’elle regroupe le créole, le vodou, les danses folkloriques, les pratiques de la médecine traditionnelle, les activités de coumbitisme, les contes de Bouki et Timalice…

III.-  Constitution de la culture haïtienne

La culture haïtienne existe et elle présente  différents traits. Elle est beaucoup plus visible dans le milieu rural qu’en ville vu que le pays est construit autour d’un clivage culturel.

 Notre littérature orale et écrite pour la plupart est riche en contes et  récits de Tonton Bouki et Ti Malice.  Il y a tout d’abord l’Afrique qui nous arrive avec son cortège de mythes, de légendes, d’histoires de zombis, de morts-vivants, celles empreintes de drôleries et de satire de l’Oncle Bouqui et de Ti Malice, de Maître Lapin et Dame Tortue. C’est aussi nos combats de coqs, les jeux de cartes, les rondes enfantines, les poésies de nos sambas .Sans parler des arts plastiques, de la musique, de la littérature et de la religion. Les proverbes forment une partie importante de la culture haïtienne.

 En outre, la musique et les danses traditionnelles haïtiennes constituent à la fois le cri profond de ce peuple d’appartenir au monde et la plus forte expression de son identité nationale à l’heure actuelle. Les formes de cadences musicales sont variées. Le Compas, le Troubadour, le rythme racine et les rythmes de rumba, de jazz ou de rock… forment la pierre angulaire de la culture musicale d’Haïti. Quant à la méringue, elle est à la fois une musique traditionnelle et une danse en Haïti. Elle est évidemment issue d’une influence africaine, d’un mélange de rythmes complexes provenant de la culture vaudou. A la fin de chaque année, dans certaines familles, on organise, par exemple, des cérémonies de danse rituelle "pétro" pour remercier les divinités de leur bienfait tout au long de l'année.

La majorité d’Haïtiens pratiquent à un degré moindre le vodou. En fait, la musique vaudou chante les dieux et les déesses qui voyagent parmi nous. Leur royaume s’étend dans nos rivières, mers, fleuves, arbres, forêts, montagnes, et dans les profondeurs du sol Africain. Cette religion est une partie essentielle de l’identité de l’haïtien.  

Il y a aussi le rara qui est un rituel débutant le mercredi des cendres et finit à la vieille du dimanche de Pâques.  Et il ne faut pas oublier les escouades ou les attributions, le Ribot qui font la valeur de notre richesse culturelle.

En ce qui a trait a la langue, il n y a qu’une langue qui soude tous les Haïtiens, c’est bien le créole. Il charrie tous nos émotions. Contrairement aux détracteurs, il n’est pas une déformation de la langue française.

Dans la cuisine haitienne, il existe un ensemble de mets tels que la soupe joumou, le cremasse, le bobori, le casssave, le tanga benwa, le lalo, le tomtom, le rapadou, le tchaka, la boulette que l’on ne peut pas trouver ailleurs.

Et le Karabela que portent certains Haïtiens est une partie de notre patrimoine culturel haïtien. Quant à l’artisanat, il est de connivence avec l’imaginaire du vodou haïtien. Et ils portent le djakout, le chapeau. Cette tenue vestimentaire nous rappelle l’Afrique.

Enfin, le plaçage est un autre élément primordial qui rappelle la polygamie pratiquée en Afrique.  

En somme, notre réflexion calquée sur la brèche théorique de Boas  démontre qu’il ne peut y avoir de société sans culture. Et la seconde est ce qui donne forme à la première. Ainsi, nous confirmons que la culture haïtienne largement inspirée de la logique du marronnage est l’identité de l’homme haïtien. Ce qui fait alors son originalité c’est qu’elle est tributaire de trois cultures souches à savoir les traditions indienne, africaine, et occidentale. Sur ce, nous sommes d’avis que l’on peut parler de la culture haïtienne même si elle subit  , avec le temps, l’influence de la culture américaine. Pour finir, il importe de dire que toute culture, sauf la première, dans le cadre de ce qu’on appelle l’interrelation  l’une a l’autre ou interpénétration  emprunte des valeurs avec celle qu’elle est en contact.

 

Bibliographie

1.https://www.google.fr/?gws_rd=ssl#q=l%27artisanat+haitien

2.- http://lenouvelliste.com/

3.- https://fr.wikipedia.org

4.https://globalstudies.trinity.duke.edu/wpcontent/themes/cgsh/materials/WKO/v2d3_Casimir7.pdf

 

 James Saint Germain 

Sociologue 


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