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CHAPITRE QUATRIEME - PORT AU (petit) PRINCE, récit du créateur de la fête de la mer

 CHAPITRE QUATRIEME - PORT AU (petit) PRINCE

-- "La plus belle journée de ma vie ! C'est la plus belle journée de ma vie !" Le sourire aux lèvres, les yeux encore tout éblouis par tant de merveilles insoupçonnées, Samuel était en train de se dire que ce jour était le plus beau de sa vie .... ! Partis de bonne heure, nos deux compères étaient montés dans une "machine", un de ces "Tap-Taps" magnifiquement décorés où s'entassaient déjà un nombre respectable de personnes. Mais il avait fallu encore se tasser, se rapetisser, se presser car à tout instant le chauffeur s'arrêtait en chemin pour accepter de nouveaux passagers. Ceux-ci, défiant les règles notoirement connues de la compression des corps, réussissaient tant bien que mal, à se "caser" à l'intérieur du véhicule enfournant avec eux tout un fourbi de sacs, valises, ballots, paniers, poulets, légumes, fruits, vaisselles, etc... !

Une fois qu'il devint évident qu'il n'y avait effectivement plus aucune espèce de possibilité d'aucune sorte de faire rentrer à l'intérieur du véhicule quoique ce soit (quelqu'en soit le volume et sous peine de faire périr par asphyxie la totalité du chargement), le tap-tap continua néanmoins à s'arrêter régulièrement pour faire monter des passagers et des marchandises sur le toit ...! Combien étaient-ils à voyager ainsi avec eux dans cette camionnette dont la carrosserie avait été spécialement conçue, aménagée et peinte pour cette forme si particulière de transport en commun qu'on ne trouve (Dieu soit loué !) qu'en Haïti ??? Peut-être une trentaine de passagers à l'intérieur et une vingtaine sur le toit, auxquels il fallait ajouter probablement une demie tonne de colis et marchandises diverses !!!

Samuel trouvait tout ceci infiniment rigolo et passionnant. Il n'avait pu s'empêcher de pouffer de rire en voyant Arsène le menton dans les genoux, le visage cramoisi, le corps coincé entre la paroi du véhicule et une énorme mama haïtienne qui suçait un morceau de canne à sucre dont elle crachait par terre sur ses pieds les fibres mâchées ! Par les fenêtres, entre les têtes des passagers, le blanc et son jeune compagnon noir pouvaient voir la route et le paysage. Surtout dans les montées, on avait le temps de contempler le paysage car la "machine" était si poussive et chargée qu'elle ne pouvait franchir les mornes qu'à toute petite vitesse.... Il fallut s'arrêter deux fois pour faire refroidir le moteur et remettre de l'eau dans le radiateur qui bouillait avec un épouvantable bruit de chaudière. Il fallut encore s'arrêter pour changer un "caoutchouc" qui avait crevé. Faut-il préciser que les "caoutchoucs" de la "machine" étaient dans un drôle d'état ! Enfin après avoir mis courageusement trois heures pour parcourir 60 kilomètres d'une bonne route goudronnée, ils arrivèrent dans les faubourgs populeux de Port Au Prince.

L'enfant de Pestel n'en croyait pas ses yeux...! Tant de moteurs, tant de "machines", tant de véhicules de toutes sortes: Des camions, voitures, tap-taps, bicyclettes, charrettes, carrioles, se bousculaient, se frayant un passage tant bien que mal, se suivant au pas, dans un concert d'avertisseurs, de cris, couverts par la musique émanant des innombrables haut-parleurs des véhicules sans vitre, disputant la chaussée (et les trottoirs !) à la foule compacte des piétons. On se serait cru au centre d'une gigantesque fourmilière affolée.... Samuel regardait émerveillé les innombrables petits commerces qui bordaient la chaussée, les bars, épiceries, coiffeurs, restaurants, salons de beauté, écoles, carrossiers, ferrailleurs, fabriquant de cercueils, "borlettes" en tout genre, sans compter les "Bric à Bracs" ou les personnes dans la gêne mettent au clou leurs maigres biens contre un prêt à un taux usurier et où l'on peut trouver tout et n'importe quoi à acheter et à vendre. Il avait fallu encore une bonne demie heure pour arriver au centre de la capitale où l'animation était au comble de l'intensité.

Là, tout ankylosés et courbatus, abrutis, affolés par la circulation, ils étaient descendu du "tap-tap" et avaient continué pied. Prudemment, pour ne pas perdre son "capitaine" qui semblait savoir où il allait, l'enfant lui avait pris la main. Chemin faisant, Arsène lui expliquait des tas de trucs étonnants. Notamment le fonctionnement et l'intérêt des feux rouges qui permettent de traverser une rue en limitant sensiblement les risques "d'écrabouillement" ! Et sur le port, ils avaient vu d'énormes bateaux de fer qui chargeaient et déchargeaient à l'aide d'énormes grues, des boites métalliques grosses comme des maisons qu'on appelait des "containers". Enfin dans le ciel, il avait vu de prés, juste au dessus de sa tête, un énorme "avion" sur le point d'atterrir à l'aéroport tout proche…

Ils avaient fait des courses dans le quartier commerçant et Samuel avait surtout été fasciné par les vitrines des magasins. Toutes en verre, complètement transparentes, avec des lumières et de la musique, de véritables cavernes d'Ali Baba ! Dans certaines il n'y avait que des postes de radio, des dizaines, des centaines de postes de radio de toutes tailles....! Dans une autre c'était des casseroles et des assiettes, dans une autre des meubles, une autre des vêtements, des chaussures, Le "blanc" l'avait même amener dans une boutique où il n'y avait que des livres.... Rien que des livres.... C'était fou ...! Mais ce qu'il avait préféré, c'était les magasins où l'on ne vendait que des disques et des télévisions ... Devant ceux là, en effet, il y avait toujours du monde, pour écouter la musique assourdissante que des haut-parleurs extérieurs déversaient sur le chaussée, ou pour regarder les nombreux écrans qui offraient aux regards toutes sortes d'images vivantes...! Quelle ville....!

Enfin, ils étaient arrivés au coeur de la capitale sur le "Champ de Mars", devant le palais présidentiel dont il avait tant entendu parler ! Le palais des Duvalier ! Enfin abandonné par les Duvalier ! Pour couronner le tout Arsène l'avait emmené au cinéma: "Le TRIOMPHE", le plus grand cinéma de Port au Prince : 4 salles, un cinéma permanent, climatisé, immense ! La salle dans laquelle ils étaient entrés était à elle seule plus vaste que l'église de Pestel… Il y faisait froid à l'intérieur, il y avait des centaines de fauteuils mous qui faisaient face à un écran blanc sur lequel pour la première fois de sa vie, il avait vu un film ! Ça s'appelait: "Il pleut sur Santiago" C'était beau et triste ! Il n'avait pas tout compris ! Il était beaucoup question de révolution et de liberté. Il y avait des bons et des méchants. Les bons étaient les ouvriers dans les usines, les méchants étaient les militaires dans les casernes ! Ca finissait mal ! Dans un stade ! Les méchants avaient gagné...! Arsène avait beaucoup aimé ! Lui moins !

En fin d'après midi, à contre coeur, il avait fallu revenir, reprendre un tap-tap. Celui-ci était un peu moins plein qu'à l'aller, ils n'avaient mis que deux heures et demie pour revenir à Petit Goave ! Ils étaient maintenant, tous les deux, attablés, comme hier, dans le même petit bistrot ! Fourbu mais heureux, Samuel attendait que Martine lui amène un coca bien frais ! Ah oui ! Pour une belle journée, c'était une belle journée....!

"Crevé, vanné, épuisé, bouqué (comme on dit ici !), je suis mort ! Quelle journée... ! Et dire qu'il va falloir que j'y retourne la semaine prochaine… Mon courrier n'était pas encore arrivé aujourd'hui. Quel pays ! Les lettres mettent plus de 15 jours pour traverser l'Atlantique et les tap-taps plus de 3 heures pour parcourir 60 kilomètres en ligne droite sur du goudron. J'ai les fesses en compote, la tête comme une citrouille, les jambes en coton et les reins en marmelade... ! Ah voila Martine qui ramène les boissons !"

-- "Oui, merci Chou-Chou ! Tu es gentille en pile !"

"C'est vrai qu'elle est très mignonne cette petite...! Toujours souriante et quelle cambrure ! Je lui proposerais bien un jour la visite de mon fier "bâtiment"! Oh ! Doux Jésus ! Après une telle journée.... Rien ne vaut la mousse d'une bonne petite bière glacée....! Pas vrai matelot ....? Lui au moins il a apprécié ! Il s'en souviendra de sa journée à Port Au Prince ! Il en a vu des choses aujourd'hui ....! Et il en a sans doute plus appris depuis ce matin que durant toutes ces années à l'école primaire de Pestel ! Oui ! Finalement, j'ai bien fait de l'emmener ! A voir sa tête ce soir ! Il n'y a rien à regretter !"

L'enfant noir souriait d'un éclatant sourire de tous ses yeux qui lui mangeait la moitié du visage, de toutes ses dents qui lui mangeait l'autre moitié ! Le bonheur quoi ! Arsène sentit son coeur fondre ! Il pensait à la réaction de Silvio lorsqu'il lui avait parlé la première fois de son projet d'emmener Samuel avec lui en voilier à Port au Prince. Silvio avait été tout de suite enthousiaste : "Formidable, très bonne idée, il faut le faire !" avait dit Silvio. D'ailleurs, avait-il ajouté: "C'est toujours ce que faisait le père LEGAREC quand il allait en voilier a la capitale. Le père prenait toujours quelques gosses sur son bateau. Pour leur faire voir la ville…"

Arsène regardait le sourire muet de bonheur de son protégé et songeait que c'était peut-être bien cette phrase là qui l'avait décidé...! Oui ! C'était sans doute cette comparaison 1à qu'il recherchait secrètement, inconsciemment. Ne cherchait-il pas d'une certaine façon à ressembler au père Ernest LEGAREC ?

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