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NEY DELORME GILLES, L'AUTRE PESTELOIS QUI A SIÉGÉ AU SÉNAT DE LA RÉPUBLIQUE (1950-1956)

NEY DELORME GILLES, L'AUTRE PESTELOIS QUI A SIÉGÉ AU SÉNAT DE LA RÉPUBLIQUE (1950-1956)

La plupart des personnes continuent à vivre même après leur mort. Ney Delorme Gilles ne fait pas exception à cette règle. Trente ans après son décès, son nom est encore prononcé par certaines gens qui ont apprécié quelques éléments de sa personnalité (Ney tou Ney, Loulou tou Loulou). Cette phrase qui revient de temps à autre indique à quel point PAPA NEY et son grand frère sont immortalisés dans les communautés des sections communales.
Il est très peu de personnes qui ont reçu cette marque d'estime de la part des paysans et qui continuent à le recevoir. Pour avoir contribué au développement de Pestel, nous voulons lui rendre un vibrant hommage. 

Marié à trois reprises, Ney Delorme Gilles appartient à une famille de notables dont son origine est remontée à Léogane. Selon la tradition familiale, le patriarche de cette famille serait l'adjudant Gilles relaté par l'historien haïtien Thomas Madiou dans sa narration sur la révolte de Goman dans la Grand'Anse. Selon Madiou, l'adjudant général a rencontré Goman sur l'habitation Favier dans le cadre de la négociation entamée pour le retour de la paix dans la région. Il a fait part au révolté de l'intention du général Rigaud de venir le rencontrer à ce sujet. Proposition rejetée par Goman, l'adjudant Gilles est retourné à Jérémie. Resté à Jérémie, il a donné naissance à plusieurs enfants. 

Dans la parentèle de sa famille, on peut encore relever Louis Gilles qui a occupé la fonction du Général de la Place sous Étienne Lysius Jeune Salomon et qui se trouva dans les rangs de la troupe gouvernementale qui avait vaincu à Miragoâne les insurgés à leur tête Boyer Bazelais.

Papa Ney est né à Pestel le 06 février 1894 de  l'union de Delorme Gilles et de Félicité Bernard. Ney alors âgé de onze ans a eu une adolescence traumatisée par l'assassinat de son père aux Iles Cayemittes. Grâce au dévouement de sa mère, il a pu bénéficier d'une solide formation sociale et académique.

Ney a fait ses études primaires dans sa ville natale puis ses études secondaires au Collège Saint Louis de Conzague. Ne pouvant pas continuer son parcours académique, il est retourné dans son patelin pour s'occuper d'autres choses. Après avoir pris du temps pour intégrer la communauté, il s'est élancé dans la spéculation, métier noble à l'époque. Il a aussi prêté ses services comme enseignant dans la communauté. Ces deux activités lui ont valu une grande popularité. 

Cette popularité dont il a bénéficié au sein de la communauté l'a poussé à se porter candidat aux élections en 1924 pour le poste de magistrat, la tradition familiale rapporte qu’une vive tension l’opposa à son adversaire, son cousin germain Léonce Bernard qui lui était pourtant très proche; la tension monta de toutes parts dans la ville au point que les deux étaient à couteaux tirés. 

Enfin vint le jour du scrutin : ayant intervenu au bureau de vote et après avoir constaté l’échec de son neveu Léonce, son oncle Pélissier Bernard demanda qu’à l’issue du scrutin à voir le chargé de l’opération électorale en l’occurrence le commandant Georges Aarons. Dans un tête-à-tête entre lui et le responsable dans sa maison privée, il supplia le commandant Aarons de l’aider à sauver le nom de sa famille,ce qui lui fut promis. Une fois laissée la résidence de Pélissier relate-t-on, chose due, chose faite, le commandant aurait exigé aux électeurs de regagner à leur demeure et et aurait rédigé le procès-verbal déclarant Léonce Bernard, gagnant des joutes. Pour rappel, les élections n’ont jamais été ni libres ni honnêtes. 

Échec consommé, il continue ses activités de spéculation. Alors que son frère est élu député en 1932 sous Vincent, il brigue le poste de Juge de paix de Pestel. Huit (8) ans plus tard, il accède à la magistrature de la commune (1940-1946). 

Dans les élections du 12 mai 1946, il s'est porté comme candidat à la députation pour la circonscription de Corail. Très populaire mais il en est sorti vaincu à cause que les élections étaient émaillées de fraudes. Il est rapporté par la tradition familiale que le jour des élections, le bourg de Pestel était rempli à craquer; Pierre Tardieu, une fois appris une telle nouvelle, adressa un télégramme au ministre de l'intérieur Raymond Louis. Sur conseil de ce dernier, il enregistra une cassette pour annoncer que les élections sont reportées sine die. Il la diffusa. C’est ainsi que tous les partisans de Ney, après avoir entendu le messager sont rentrés chez eux. Il semble aussi que Pierre Tardieu a entretenu de bonnes relations avec le ministre. A la faveur de cela, Pierre Tardieu gagne les élections. 

Cette fois-ci, Ney ne voulait pas consommer cet échec. Il a adressé plusieurs correspondances au président Eugène Magloire qui vient d'accéder à la présidence du pays en remplacement de Dumarsais Estimé. Sur insistance de Sylvio Cator, le président demande à voir Ney Delorme au palais. Ainsi une carte d'autorisation sur laquelle on peut lire Ney Gilles est libre de pénétrer au palais national lui a été remise.

Dans cet entretien privé pour plaider sa cause auprès du président Paul Eugene Magloire (1950-1956), Ney D. Gilles s’était fait accompagner de son grand frère Louis Gilles. Le Président Magloire, répète t-on, préférait que Louis D Gilles qui avait déjà fait ses preuves, soit reconduit au sénat. Louis D. Gilles déclina la proposition, au bénéfice de son frère. Pour convaincre le président qui doutait de Ney, Louis dut le rassurer que « mon frère et moi sommes deux frères siasmois ». C'est à la faveur de cela qu'il est nommé sénateur du Sud (1950_1956). 

Pendant son mandat, il a fait construire à Jean Bellune une école nationale, une autre à Trou Bois et une autre à Anse à Maçon. De plus, il a fait continuer les travaux de percée du tronçon de route kfou zaboka Pestel. 

En 1956, il a apporté son soutien à la candidature de Clément Jumelle, qui fut un proche de la famille Gilles au détriment de Daniel Fignolé. Une telle attitude que la plupart des Pestelois ne sont jamais prêts à lui pardonner.

N'étant pas bien vu à cause de son chapeau de partisan de Jumelle, en 1963, il a été convoqué en compagnie de son rival de toujours François Chéron au cabinet du ministre de l'intérieur d'alors Luc François sous accusation de tentative d'assassinat sur la personne du Révérend père Marius, Duvaliériste convaincu. Une accusation qu'ils ont rejetée. Pour rappel, n’était-ce que le ministre, Luc François, qui connaissait Ney Delorme Gilles du temps qu’il était sénateur sous le gouvernement de Paul Eugène Magloire, eut déclaré l’accusation non fondée, on ne sait ce qui serait advenu de ceux-là... Ce qui fut joué en sa faveur dans cette affaire.

En 1970, il a été auditionné dans le cadre d'un tract largué sur le pavé de Pestel où était écrit "À  bas Duvalier". Son innocence a été prouvée dans cette affaire, il n'a pas été gardé en détention. 

Apres s’être retiré de la vie politique, dès l’accession de Duvalier au pouvoir, Ney Gilles a poursuivi ses activités de spéculateur en denrées jusqu’à la fin de ses jours. Il est décédé dans sa ville natale le 26 mai 1990. Sa dépouille mortelle a été déposée en son tombeau à Jean Bellune, là où il a passé une bonne partie de sa vie. 

De l'avis de certains personnages, Sena Ney fut un bon père de famille, une des plus belles têtes de sa génération et un honnête homme. 

Pestel se souvient encore de cet homme qui a laissé son empreinte dans la vie sociale, politique et entrepreneuriale de la commune. Toutefois il est souvent l'objet de critiques de la part de certaines personnes qui voyaient en lui un conservateur. 

Notes bibliographiques 
1) https://rezonodwes.com/2020/05/30/a-la-rencontre-de-louis-delorme-gilles-le-politique-le-modeste-et-le-probe/
2) https://rezonodwes.com/2020/06/09/sur-les-traces-de-leonce-bernard-une-vie-couronnee-de-succes/
3) SUPPLICE, Daniel : Dictionnaire biographique des personnalités politiques de la République (1804-2014). C3 éditions, Port-au-Prince, 2014. 
4) CAVE, Eddy, de mémoire de Jérémien,
SUPPLICE, Daniel : Dictionnaire biographique des personnalités politiques de la République (1804-2014). C3 éditions, Port-au-Prince, 2014.
5) MADIOU, Thomas: Histoire d'Haïti ( 1807-1811). 

James Saint Germain 



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