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Échec des mouvements sociaux en Haïti

Les luttes et leur caractère marginal.

Si aucune lutte du pays n'aboutit   jusqu'à présent à son objectif, il paraît, à mon avis, qu'elle est limitée dans sa vision et présente un caractère assez marginal. À aucun moment  l'histoire, les différentes luttes auxquelles le pays s' est engagé ne tient pas compte de la cohésion sociale qui devrait exister au niveau de la société. Si les premiers mouvements revendicatifs semblent porter essentiellement sur la paysannerie, de nos jours les donnes sont inversés; ils ne prennent pas en considération cette catégorie sociale. De 1946 à date, les paysans ne montrent pas trop concernés par les batailles entamées pour une autre Haïti. L'on démontre ci-dessous les variations qui ont lieu dans les luttes du pays et les raisons pour lesquelles elles ne seront pas inclusives selon le vœu de bon nombre de gens.

L’histoire de la paysannerie haïtienne est liée à une crise permanente caractérisée par la lutte pour le partage de la terre (1). En effet, la paysannerie haïtienne a pour embryon les sociétés maronnes constituées essentiellement des esclaves en fuite pour le système de grandes plantations institué par la France à la fin du 17ème siècle et pour le caporalisme agraire deToussaint Louverture (2). À la suite de l’affranchissement général proclamé en 1793, de nombreux esclaves convertis en cultivateurs armés ont contribué à côté des Généraux dans la lutte pour l’indépendance du pays (3).

En fait, la véritable base de la paysannerie haïtienne est réellement jetée au lendemain de 1804 par les cultivateurs mécontents de la politique agraire de l’Empereur Jean Jacques Dessalines qui ont regagné les mornes. La masse des cultivateurs ont manifesté leur refus au modèle de société voulu par les Généraux et les élites. Selon le professeur Jean Casimir, le modèle de société envisagé par les paysans était calqué sur le mode de production villageoise(4). Leur principale revendication demeurait pendant tout ce temps l’accès à la petite propriété. Cette revendication a été le moteur de tous les mouvements sociaux connus dans les milieux ruraux depuis la révolte de Goman en 1807 jusqu’à la bataille de Charlemagne Péralte en 1919. Les mesures agraires prises par les différents gouvernements qui se sont succédé à l'Administration de Jean Jacques Dessalines allant à l'encontre de l'aspiration des paysans ont été le mobile des luttes revendicatives entamées par les Piquets et les Cacos.

Pendant l’occupation américaine, la politique d'exclusion pratiquée à l'égard de la paysannerie haïtienne se voyait renforcer. En effet, la constitution du 9 Juin 1918 allait causer le plus grand tort aux paysans lorsqu'elle accordait la possibilité aux Etrangers d’avoir la propriété dans le pays. Cette mesure a eu d'énormes conséquences dans le milieu. On note entre autres la destruction des guildiveries, la dépossession des paysans de leurs terres et la répression par la police rurale.

Parlant de ce chapitre, le professeur François Kawas note ce qui suit:

« Depuis la dure répression du soulèvement paysan pour les Américains (1918-1920), les paysans haïtiens se trouvent enfoncés dans une léthargie nourrie par l’ignorance et l’extrême pauvreté ect. Ils sont devenus la proie facile des militaires, des juges et des petites oligarchies du village.» (5)

À cause de tout cela, les paysans se sont livrés dans un combat à merci contre les Américains. Ces derniers ont eu gain de cause. Après la victoire remportée sur le cacoïsme de Péralte et de Batraville, le premier geste politique de l’occupant fut de désarmer les paysans et de substituer la Garde d’Haïti à l’ «armée populaire» haïtienne.

Depuis lors, les paysans ont tourné le dos à leur mouvement revendicatif. Le professeur Kawas François a constaté qu'ils «ont ressurgi avec force, surtout après la chute de Jean Claude Duvalier en 1986, les grandes revendications traditionnelles, la terre, la participation politique, l’accès aux services sociaux de base, la transformation de l’Etat, une meilleure distribution du revenu national ect. ». (6)

En dépit de cela, cette catégorie sociale ne parvient pas jusqu’à présent à constituer un sujet historique pour répéter le mot du professeur Kawas François. Car tous leurs mouvements ont voué à l’échec. Tout cela pourrait s’expliquer par la phrase suivante relevée dans un texte du professeur Jean Anil Louis Juste:

«.Les organisations de Piquet et de Cacos n’étaient pas des structures autonomes de paysans; ces derniers étaient placés sous l’influence de grandons qui leur promirent la propriété foncière, parce que, depuis la colonie, la propriété était vécue comme symbole de liberté et que la revendication agraire demeurât lettre morte en dépit de l’Indépendance.» (7)

Contre toute attente, de nos jours, les paysans ne représentent plus ce qu'ils étaient auparavant. Ils sont de moins en moins des acteurs importants des différentes luttes entamées contre le système nommé « système peze souse ». Ils ne sont vraiment remarqués sur la scène. Il apparaît que les mouvements étalent visiblement un schéma simpliste de la cohésion sociale haïtienne. En plus, ils ne donnent pas l’impression qu’ils s’imbriquent dans la formation historique du pays. Par là , ils montrent toute la limite de leur vision. D’où leur caractère marginal.

La marginalité que l'on diagnostique serait à l'origine de l'échec des différents mouvements sociaux connus dans le pays au lendemain de 1986. Les rapports antagoniques développés entre la paysannerie et les classes possédantes depuis la genèse du pays n'ont jamais été prises en considération et demeurent intactes. Les leaders de ces mouvements ont intérêt pour que la bataille n'ait pas une portée rurale étant donné qu'ils ne veulent pas la modification du schéma social générant les contradictions de toutes sortes. Ainsi, l'on peut voir qu'il existe une communication impossible entre les citadins et les paysans.

Les luttes ont toujours choisi délibérément de ne pas être rurale afin d’éviter que le problème de la tenure foncière ne soit pas posée. Il srmble qu'on ne fait pas une idée que tout le malheur du pays est censé  venir de la question foncière. Cela devient pathologique puisque que l’on refuse d’en apporter une réponse viable.  

Or si effectivement, on souhaite un changement du système, les luttes doivent ramener sur ce terrain. Elles doivent s'inscrister dans un dialogue franc développant entre l’urbain et le rural. 

En définitive, pour que l'on mette un terme à la crise qui perdure dans le pays depuis 1806, la paysannerie doit être un acteur important. Les luttes doivent se porter sur les revendications de la classe paysanne étant donné que les cultivateurs sont les vrais victimes du système peze souse institué par le président Alexandre Pétion en 1807.  Ce sont eux qui sont privés des services sociaux de base. Ils sont les grands pendants du développement capitaliste orienté vers le néolibéralisme.

Notes bibliographiques 
1. CASIMIR, Jean: La culture opprimée. Presse de l’Imprimerie Lakay, 2001. P163-179
2. Texte issu du débat entre Gérald MATHURIN, agronome, ancien ministre haïtien de l'agriculture, et Gilles, DANROC, OP, le 19 mars 2007 à Montpellier
3. Louis-Juste, Jn Anil: Haïti: Éclipse sociopolitique de la paysannerie ou Présence politique subalterne des paysans? Texte soumis à l'Alterpress le 12 août 2004. www.alterpress.org
4. CASIMIR, Jean: La culture opprimée, op.cit p120
5. François, Kawas: la crise de l'État en Haïti, p128
6. Ibid 
7. Louis Juste, Anil, op.cit p2

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