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1883 ou l'année terrible à Pestel

 1883 ou l'année terrible à Pestel 



De 1870 à 1883, le pays était à feu et à sang. Les membres de l'oligarchie haïtienne partagés entre la tendance nationale dont le slogan était pouvoir au plus grand nombre et la tendance libérale, pouvoir aux plus capables se sont livrés dans une bataille sans merci pour le contrôle de l'arène politique. Cette rivalité assimilée dans notre imaginaire à une question de couleur s'est inscrite dans une vision élitiste (Pierre Darryo Augustin, texte en ligne disponible sur Koukouyayiti.wordpress). 

Le déferlement de ces vagues de contestation contre le pouvoir de Étienne Lysius Jeune Salomon sur tout le pays a amené Pestel à prendre une position favorable ou défavorable contre la présidence de ce dernier. Entre les deux oligarques qui s'affrontaient pour une mainmise de la sphère politique, Pestel à peine relevée des blessures de 1867 qui a toujours positionné en faveur des revendications populaires a finalement opté pour la tendance libérale. Quarante ans après son exploit dans la lutte contre le régime tortionnaire de Jean Pierre Boyer, Pestel s'est engagée pour la première fois dans un mouvement qui contraste avec sa cause défendue en 1807 et en 1843 étant donné que cette contestation avait une portée réactionnaire. L'épuisement de la paysannerie pesteloise après l'échec de 1846 est censée la cause principale de son retrait dans cette voie initiée par l'élite locale. 

Bien avant d'analyser les raisons qui auraient motivé Pestel à s'inscrire dans une telle démarche, nous trouvons intéressant de relater dans quelles conditions les faits se sont déroulés. 

Ce fut alors dans un contexte où il y avait une résurgence de tous les problèmes pour lesquels la paysannerie pesteloise s'était combattue qu'a débuté cette contestation contre le pouvoir de Étienne Lysius Jeune Salomon, figure de proue de la classe traditionnelle noire des Cayes. Ce fut alors à un moment où la classe grandocratique pesteloise parvint à s'imposer après avoir été secouée par divers mouvements orchestrés par les cultivateurs. Parallèlement, il importe de mentionner ce fut en moment où les fortunes de certaines familles, alliées du pouvoir dans la commune sont renforcées au détriment d'autres. La classe grandocratique traditionnelle qui attendait d'autres choses de Salomon n'a pas vu cela de bon œil. Tout était prêt alors pour que Pestel s'engage dans cette vague de contestation allumée contre le pouvoir de Salomon. Voici comment cela s'est passé:

À Pestel, l'année était taxée d'année terrible par l'historien Gustave Vigoureux tant que La vie paraissait difficile pour la population pesteloise. Pestel danse alors sur un baril de poudres. Les hommes de teint clair, partisans de Boyer Bazelais, à leur tête le commandant Metès Defils, y sèment, depuis plusieurs mois, la pagaille, ce en vue de signifier leur désapprobation à la politique nordiste de Salomon. Tous les soirs, relate Vigoureux, des détonations sont entendues partout. On crie vive la révolution ! Quant aux sympathisants du pouvoir, ils résistent farouchement. Des affrontements se multiplient sur toute l'étendue de la commune. 

Dans l'intervalle, à la Chambre basse en 1879, la résistance pesteloise est portée sur les tribunes par la voix du député Leonidas Bernard qui n'a manqué de se lancer à l'offensive face au pouvoir. Dans toutes ses prises de position, il exprime ouvrertement son desaccord à la gouvernance du Gouvernenent. 

Alors que le mouvement s'intensifie dans toute la Grand'Anse, les Iles Cayemittes accueillent les bateaux des insurgés qui préparent sur ordre de Boyer Bazelais à attaquer Port-au-prince( La République exterminatrice, Roger Gaillard) . Étant informé de cela, le président Salomon dépêche une troupe militaire sur place dans le souci de mater la rebellion armée. 

Simultanénent, une armée de dissidence prend naissance dans l'arrondissement de Corail avec le Général St Leger P.J Louis au lendemain de son retour en exil. Sans tarder le 19 juin, Il écrit une lettre à la délégation de Pestel pour lui informer de sa présence dans l'Arrondissement et de son intention de lutter contre Salomon. A cet effet, une combinaison est à l'étude entre le général St Léger Louis de Corail et de le général Sabourin de Pestel pour manœuvrer de façon à attaquer simultanément et prendre d'assaut tous les postes de l'armée gouvernementale installés. La première attaque est alors menée le 27 juin à Duquillon sur la route de Pestel sous la direction du général Trois Bouton ( Gustave Vigoureux, Jérémie ou l'année terrible p38). Au cours de cette opération, il n’y a qu'un blessé dans le camp des Révolutionnaires. Il s'agit de Pétion Lorquet. Il se reprit de ses blessures grâce au Dr Papillon et de Mirabeau. 

Une famine s'abat sur la troupe révolutionnaire cantonnée à Corail. Dès lors, elle est tombée entre les mains du général Vertil Georges, chef de la troupe gouvernementale grâce à la collaboration de certains traîtres. 

Alors que la troupe révolutionnaire de Corail envoie faire des commissions à Pestel, poursuit Gustave Vigoureux, la presqu'île des Baradères se voit attaquer par l'armée gouvernementale. C'est à ce moment que les frères Jeudius et trois matelots sont allés informer la troupe révolutionnaire basée à Pestel de l'état d'esprit qui prévaut à Boucan et aux Basses. Dès leur retour, ils soulèvent ces zones contre Salomon. Apprenant de la prise des armes, le général Piquant et sa troupe marchent sur Grand Boucan et le bombardent; les trois frères Jeudius, Desroches, et quelques fidèles partisans se jettent dans le bois. Tout cela se passe le 15 septembre.

Constatant qu'il n'y a plus de munitions pour continuer la bataille, il est rapporté que le général Dijon part pour Jérémie en compagnie de son beau-fils Pelissier Bernard pour aller chercher faire le plein à Jérémie. Arrivés à Corail, ils sont interceptés puis arrêtés par la troupe gouvernementale prise déjà possession de Corail. Le général est sommairement exécuté et le jeune Pelissier devenu par la suite député en 1908 sous le gouvernement de Nord Alexis a eu le temps d'avoir la vie sauve grâce à la diligence de la population.

Ainsi, le 12 Décembre, le chef supérieur des opérations militaires de la Révolution de Corail et de Pestel à savoir Sabourin adressa une correspondance à St Léger Louis pour lui expliquer que Corail céda et que Pestel résista à l'assaut de la troupe de Salomon. Il lui raconta que Mentès Cayemites se rallia à l'ennemi. En entendant crier vive Salomon et quelques détonations, au moment où il s'apprêta à prendre les munitions, il a été blessé par un coup de machette. 

Bon gré, mal gré, toute la commune résista au bombardement à outrance des marines gouvernementales. Ce fut la reddition de la ville de Corail qui permit à la troupe de prendre Pestel dans cet étau. Une fois débarqués, les soldats privèrent les révolutionnaires complètement des produits de premières nécessités. Ils ne pouvaient résister. A cause de cela, St Léger Louis écrivit au commandant des forces Révolutionnaires, Métès Deflis. Peut-on lire dans cette lettre : " nous vous donnons l'ordre formel de suspendre les hostilités contre les forces du gouvernement du Général Salomon et de garder vos positions jusqu'à nouvel ordre." C'est ainsi que Pestel est cédée.

Rapidement, un protocole en date du 18 Décembre en son article 2 indiqua que la remise des places et des fortifications de la ville Sera faite aux délégués du gouvernement, ainsi que celles des armes, autres matériels et substances de guerre généralement quelconques qui s'y trouvèrent, il en Sera de même de la place de Pestel. A ce moment, la troupe gouvernementale prit position au fort qu'ils baptisèrent Fort Réfléchi. Dans la zone elle s'installe. C'est à la suite de cela qu'elle fut dénommée "Nan Kan". 

Cela n'est pas sans conséquence sur la vie sociale et politique de la commune; on rapporte par ailleurs plusieurs pertes en vies humaines dont Alliès Bernard assassiné à Baradères alors qu'il tente de prendre la fuite et des dégâts énormes tel que l'incendie de plusieurs maisons. Puis le Général Louis Gilles, perçu par certains Pestelois comme l'instigateur du bombardement et de l'incendie de la ville par les avisos des troupes gouvernementales, est tombé sous les balles assassines de l'un des soldats de sa troupe revenant de la bataille baptisée drame de Miragoane. 

Sans tarder, une tournée du 17 Janvier au 23 Février 1884 effectuée par le président Salomon dans le grand Sud l’amena à Pestel, ce fut alors pour constater les dégâts ( Gaillard : Les Blancs débarquent (une modernisation manquée 1880-1896) p46). 

Cette bataille est, à mon humble avis, la première cause originelle de toutes les luttes interfamiliales qu'allait connaître la commune. Elle mettra aux prises les familles notables partageant l'échiquier politique de la commune. Les séquelles de cette rivalité seront largement ouvertes au moment des élections municipales de 1924 puis en 1956 pendant les élections présidentielles opposant Daniel Fignolé, fils de Pestel à Clément Jumelle, proche des Gilles. 

C'est au cours de cette année que le général Louis Gilles vit son fils Delorme tomber amoureux de Félicitée Bernard. Leur union marqua du même coup un certain apaisement politique dans la ville. Et cela traduit du même coup un tournant dans les relations de ces deux familles. 

Loin de toutes ces considérations, ce qu'il faut remarquer est que cette rivalité n'a pas offert à la population pesteloise aucun changement sinon le maintien du statut quo. Ce fut des années perdues pour l'économie pesteloise. 

Le seul changement que cette rivalité ait porté est que les positions des familles notables se renforcent sur la scène politique. Ce fut d'ailleurs un tel intérêt qui leur aurait porté à rejoindre ce mouvement tout en voulant de se défaire définitivement de la lutte contestative de la paysannerie.  C'est après ce mouvement que les leaders tels que Delorme, Azor Blucher, et Jean Charles Dubrincourt Lesperance, Pelissier Bernard font leur apparition dans l'arène politique. 

James St GERMAIN @Tous droits réservés 




Commentaires

  1. Merci James pour les informations grace a ce blog j'ai pu comprendre et savoir pas mal de choses sur pestel ma ville natale.

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