Accéder au contenu principal

Coin de l'histoire;: Général Antonio Thrasybul, Par Jean Charles Léonce Bernard

 Le général Antonio Thrasybule Kébreau

 

Par Jean Charles Léonce Bernard

 

Au lendemain de la folle journée du 25 mai 1957, le général Léon Cantave décida sagement d’abandonner ses fonctions de chef d’état-major de l’Armée d’Haïti.  Il fallait, sans tarder, lui trouver un remplaçant.  Parmi les aspirants les plus sérieux au prestigieux poste de général de brigade, figuraient les colonels Georges Bayard, Maurepas Alcindor et Bernardin Augustin.  Le Grand quartier général écarta rapidement leur candidature pour retenir le nom du commandant du département du Sud, le colonel Antonio Th. Kébreau.  L’argument déterminant qui l’emporta en faveur de ce dernier fut qu’il avait, plusieurs années durant, fréquenté l’École apostolique, bref, qu’il avait été séminariste.
 
Une fois arrêté le choix du nouveau général, Cantave dépêcha le major Robert Bazile et le capitaine André Fareau chez le président provisoire, le professeur Daniel Fignolé, pour qu’il entérinât sa nomination. « Je ne signerai pas ! répondit Fignolé. Je signerai pas, puisqu’il s’agirait là d’une compromission, signifia t’il avec grandiloquence, vous direz cependant au général Cantave que j’accepte le principe. »  C’est avec cette déclaration plutôt ambiguë que Fignolé acceptait Kébreau comme chef de l’Armée d’Haïti.  Moins de deux heures plus tard, un avion militaire arrivant des Cayes amenait dans la capitale haïtienne Antonio Th. Kébreau, le nouveau faiseur de roi.
 
Né à Port-au-Prince le 11 novembre 1909, Antonio Th. Kébreau était le fils du général Thrasybule Kébreau.  Il avait fait toutes ses études au Petit Séminaire Collège Saint-Martial.  Parmi les aspirants officiers de sa promotion se trouvait Paul Magloire.  C’est justement avec ce dernier qu’il allait se lier le plus fermement d’amitié.  Paul Magloire devait d’ailleurs baptiser une de ses filles et, lorsqu’il fut nommé commandant des Casernes Dessalines par Elie Lescot, Magloire s’empressa de faire entrer son ami Kébreau comme officier de la maison militaire du président de la République.  Promu capitaine, Kébreau devenait l’assistant commandant du département du Palais national, autrement dit, l’auxiliaire direct de Paul Magloire.  Après la chute de Lescot c’est un comité exécutif militaire dominé par le major Magloire qui s’empara du pouvoir.
 
En mars 1946, quand les étudiants de la capitale voulurent protester contre certaines restrictions aux nouvelles libertés imposées par la junte, ils organisèrent une manifestation de rue qui fut brutalement dispersée par le capitaine Kébreau… En 1948, le capitaine Kébreau alla suivre le cours de formation de l’école d’infanterie américaine à Fort Benning, en Georgie, et puis un autre, au Kansas, à Fort Leavenworth.
 
Au début de l’année 1949, le colonel Paul Magloire se rendit en voyage d’agrément aux États-Unis ou il s’arrêta notamment aux chutes du Niagara.  Pour la durée de son absence, le colonel avait tout naturellement donné charge du département militaire du Palais national à son adjoint administratif, le capitaine Antonio Th. Kébreau.  Ainsi qu’en avait pris l’habitude le colonel Magloire, le capitaine Kébreau se rendait chaque matin au Palais, dans les quartiers privés du président Estimé avec lequel il s’entretenait d’intendance militaire.
 
À son retour de vacances, Paul Magloire reprit son commandement et aussi, bien entendu, les rituels tête-à-tête avec le président de la République.  De son coté, Kébreau, qui y avait visiblement pris goût, n’arrêta pas de fréquenter les appartements d’Estimé… Le colonel lui annonça alors son transfert et lui intima l’ordre de se présenter à son nouveau poste le jour même, avant midi.  C’était la fin de l’amitié entre les deux compères.
 
À la chute du président Magloire, Kébreau fut nommé commandant du département militaire du Sud… Personne ne pouvait soupçonner Kébreau d’être l’homme du président déchu…Tous les officiers qui se trouvaient au Corps d’aviation le 25 mai furent systématiquement rayés des cadres…
 
Le gouvernement provisoire de Daniel Fignolé ne survécut que dix-neuf jours dans la tourmente… Fignolé, fort de sa popularité parmi les hommes de troupe, écrivit une lettre au général pour lui annoncer qu’il considérait «  les transferts opérés dans l’armée d’Haïti après les évènements du 25 mai » comme des mesures provisoires. Dans sa lettre, le président réclamait « également des informations sur l’état de service de tous les officiers de l’armée, du grade capitaine à celui de colonel. »(Clément Célestin, Compilations pour l’Histoire, tome II,1958, p.75).  Devant cette dernière injonction qu’il interpréta comme une menace personnelle, Kébreau réunit son état-major pour l’en informer et, encouragé par le colonel Pierre Paret, décida qu’il était temps de passer à l’action, autrement dit, de renverser Fignolé.
 
Le 14 juin 1957, sous prétexte que Fignolé était « obnubilé par l’ambition » et voulait « désorganiser les cadres de l’Armée », Kébreau fit procéder à son arrestation en pleine séance du conseil des ministres…
 
Les élections se déroulèrent le 22 septembre 1957.  À cette occasion, Kébreau offrit une victoire écrasante au candidat qu’il avait choisi, le Dr François Duvalier… Quant au candidat concurrent, Louis Déjoie, il perdit jusqu'à son siège de sénateur du département du Sud…
 
 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Vidéo: Pestel: une espèce étrange découverte

 La population de Pestel a découvert, ce 7  mars, dans le fond une espèce d’animal qui leur paraît étrange. Il s’agit d’une espèce rare voire endémique. Selon une source contactée, elle serait atterrie dans la rade en suivant la trajectoire d’un voilier.  Voir vidéo 

Un jeune pressenti comme candidat à la députation

Un nouveau candidat à la députation en lice  Cette semaine, à la surprise générale, un nouveau visage fait soudainement son irruption sur la scène politique et s’apprête à se lancer officiellement dans les prochaines compétitions électorales.   Le jeune entrepreneur et ingénieur Francky Mesmin se dit prêt à se présenter candidat à la députation dans la prochaine compétition électorale pour la circonscription de Pestel.    Le jeune candidat multiplie déjà ses contacts et ses relations sur le terrain afin de rassembler le plus de gens autour de sa candidature.  Francky se dit engagé pour rehausser l’éclat de la commune. 

Décès du Dr Sénèque Philippe

Décès du Dr Sénèque Philippe  Le directeur médical du centre de santé de Pestel, Dr Sénèque Philippe, est décédé ce mercredi 23 mars, des suites d’un cancer. La nouvelle du décès du médecin a été confirmée par ses proches.  Pestel connexion blog présente ses condoléances aux familles Philippe et Belance.