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Sauver Jérémie de la saleté et de la laideur !

 Sauver Jérémie de la saleté et de la laideur !

Jadis, Jérémie, la "Cité des poètes" fut appréciée comme l'une des plus admirables villes du pays tant par la propreté de ses rues que par les belles figures de son intelligentsia. Ce fut une ville propre à la dimension de ses élites sociales, politiques et économiques d'alors. Et pour comble de bonheur, cette propreté ne fut pas seulement physique et visible, mais elle fut aussi mentale et intellectuelle. Physiquement, la ville se réveilla toujours propre puisque la Mairie, à travers son service de voirie, sut prendre toujours ses responsabilités de nettoyage et de ramassage des immondices dans chaque encoignure de la ville. Mentalement et intellectuellement aussi, la ville se porta bien et mieux. Les jeunes comme les plus âgés fréquentèrent les bibliothèques et adhérèrent aux grands clubs littéraires de l'époque. Le mouvement culturel Jérémien toucha à son paroxysme. Ce fut le temps de grandes floraisons littéraires, de grands concours poétiques et de grandes réjouissances culturelles. Les esprits d'alors furent préoccupés aux choses de l'intelligence et il n'y eut plus de place pour la monstruosité, la malfaisance et les coups-bas. Il n'y a pas si longtemps pourtant, le temps de ces bons vieux temps-là. Ces années de gloire d'un passé non encore révolu sont toujours vivantes et se bousculent encore au musée tranquille de notre mémoire. Pourtant aujourd'hui, c'est avec amertume et désolation que nous constations impuissant à quel rythme Jérémie s'enfonce dans la saleté et dans la laideur. En effet, depuis la chute de la dictature en 1986, la montée en force au pouvoir des régimes dit démocratiques de 1990 à nos jours et l'éclosion des organisations populaires, nombreux observateurs avisés ont pu constater une négligence profonde et sérieuse dans les conditions de salubrité publique en Haïti. Nos rues sont sales et défoncées. Les fatras ne sont pas ramassés et recyclés. L'Etat s'en fiche et se moque éperdument de la santé de la population. Et le Peuple Haïtien, ce peuple naïf et bon enfant, docile et manipulable, se croise les bras et oublie que le droit de vivre dans un environnement sain et propre est l'un des droits sacrés et inaliénables, consacrés par le Droit International de l'Environnement et les Droits de l'Homme. A Jérémie, la situation n'est pas différente du reste du pays. Depuis des années, la ville est devenue une grande poubelle qui pollue chaque jour de plus en plus le paysage urbain et environnemental de la population, sans que personne ne réagisse et crie au désastre et à l'irresponsabilité. La ville est sale et repoussante de laideur. Des piles de fatras s'entassent à chaque carrefour comme des bouquets de fleurs mal fagotés. Une situation qui complique la vie des citoyens à un moment où la circulation piétonne est devenue presqu'impossible avec l'explosion du phénomène des chauffeurs de taxi-moto qui ne respectent aucune règle de conduite routière. Qui pis est, il semblerait que la Mairie ne dispose d'aucun camion réservé au ramassage de fatras ni même d'un service de voirie destiné au nettoyage des rues. De ce fait, les habitants pour se débarrasser des ordures de leur maison les déversent soit à l'angle des rues, ou attendent impatiemment la tombée des pluies pour les jeter dans les conduits des eaux qui plus tard infestent la ville de mauvaise odeur. Qu'il est navrant de s'approcher des rigoles qui passent devant nos maisons, d'aller faire un petit tour sur le wharf ou d'aller se promener aux contours des rues déjà trouées et excavées, sans ne pas observer qu'ils sont parsemés d'objets divers largués ça et là : bouteilles vides en plastique de toutes sortes et autres sortes de déchets nuisibles à la santé humaine. Désormais - et c'est une réalité difficile à croire - nos rigoles sont de grandes décharges publiques. Un autre constat désobligeant et accablant qui interpelle notre conscience de citoyen. Depuis quelques temps, nous constatons que la ville est en train de perdre le sens de la pudeur sociale. Nos abords de maisons, d'écoles, d'Eglises et d'édifices publics se transforment de jour en jour en véritable pissotières. La rue, en général, est une grande vespasienne. Visiblement, certains individus ne s'encombrent ni de civisme ni de pudeur, ne prennent même pas la peine de se cacher et ne se gênent pas du tout à uriner en pleine rue, au vu et au su de tout le monde. Cependant, il est aussi aberrant de constater que les autorités qui ont la charge ne se soient toujours pas décidées à faire installer des toilettes publiques dans les grandes agglomérations. Trouver un endroit pour libérer sa vessie lorsqu'on est saisi par un besoin urgent d'uriner s'avère un exercice malaisé et presqu'impossible. Etant donné qu'à Jérémie, la ville ressemble à un dépotoir, les gens la prennent comme tel et ne se brident pas à s'y soulager. Nous avions constaté l'augmentation drastique de ces phénomènes depuis des années déjà. Nous avions même publié un article dans les colonnes de « Le Nouvelliste », en septembre 2009 sous le titre : « La Grand' Anse et Jérémie : deux trésors mal exploités. », pour attirer l'attention des autorités sur ce phénomène. Mais jusqu'à aujourd'hui, rien n'est fait. La situation au contraire se détériore et est devenue catastrophique pour les Jérémiens à un moment crucial de leur histoire où le choléra fait rage et tue par seconde dans la cité. Au lieu de s'entendre pour combattre le choléra qui est « une infection diarrhéique aigue provoquée par l'ingestion d'aliments ou d'eau contaminés » par des méthodes préventives, thérapeutiques ou scientifiques, certains malveillants de la population qui, probablement ont des démêlés personnels à régler, accusent des individus d'être en possession d'une certaine « poudre » de choléra. Quelle ineptie ! Et, pour comble de malheur, ces derniers sont brûlés vivants comme de vulgaires bêtes sauvages. A Jérémie, désormais, on ne tue pas seulement avec la langue mais aussi avec des machettes et du feu. Quel pays étonnant ! De nos jours, les lois sociales ont péri. Seules restent les lois morales. La loi du Karma ou la loi de cause à effet veut que « ce que vous faites aujourd'hui vous le subissiez demain ». C'est un principe aussi inévitable que la loi de la gravitation ou la loi de l'écoulement du temps. Jusque là, nous n'avions jamais compris la raison de nos souffrances et de nos malheurs en Haïti. En nuisant aux autres, nous ne faisons que nous nuire à nous-mêmes. Tôt ou tard, le temps de récolter ce qu'on a semé arrivera. Les lois morales gouvernent toute la création. Leur balance est infaillible. Ses mesures sont d'une précision absolue et lient justement l'effet à la cause. Faites attention et comprenez que le brûleur d'aujourd'hui sera le brulé de demain. C'est dommage que la mort de ces malheureux se dilue dans une espèce de flou généralisé. Tout le monde a peur. Et à ce niveau là, on assiste à un certain laxisme de plus en plus évident de la part des autorités de la ville. Ils n'osent pas trop intervenir pour punir les coupables de ces actes impitoyables qui ne font pas honneur à la ville sous prétexte que la population est réticente à donner des informations. Une telle hypocrisie et un tel ridicule dans la société contemporaine conduit inexorablement à des frustrations et à d'autres comportements anarchiques qui seront difficilement réprimables demain. Il faut que la société dans toutes ses composantes commence à prendre ses responsabilités citoyennes pour ne plus accepter la répétition de ces actes ignominieux qui nous avilissent et nous enlaidissent. A l'occasion de cette nouvelle année qui se profile déjà à nos horizons, nous souhaiterions que le pays invente un nouveau futur et reconquière son passé de « Perle des Antilles ». Les Haïtiens, toutes sensibilités confondues, avaient, il y a plus de 20 ans de cela, placé un énorme espoir dans l'avenir du pays. Nous avions été trompés. Notre pays n'est jamais tombé aussi bas. La misère, la saleté, la pauvreté, le chômage, des ouragans dévastateurs, des pluies diluviennes, un tremblement de terre désastreux, le choléra, et aujourd'hui une crise postélectorale, dont on ne voit pas encore l'issue, constituent la trame de notre vie. Même si nous ne vivons pas, mais nous continuons d'exister quand même. Nous croyons en un avenir meilleur, de toute façon. Que l'année 2011 soit pour nous autres Haïtiennes et Haïtiens d'Haïti et de la diaspora, l'occasion ultime de voir se concrétiser les aspirations de notre peuple relatives à l'instauration d'un Etat de Droit, de la Démocratie et de la Bonne Gouvernance en vue de poser les bases de la décentralisation et du développement du pays.


Rosny Saint Louis 

Avocat 

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