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Le Pestel que me racontent les Anciens

 Le Pestel que me racontent les Anciens 



Aux yeux de plusieurs Pestelois, le Pestel d'antan était l'Anjou de Joachim du Bellay. Fortement marqués par la vie rustique qui y prévalait, ils ont larmes aux yeux eu égard à certains changements auxquels ils assistent. Ils ont vu disparaître beaucoup de réalités dans leur ville qu'ils ont vu naître, grandir et vieillir. Comme Du Bellay, Ils sont hantés par la douceur qui régnait à Pestel. Ils sont nostalgiques de l'ancien Pestel où régnait une tranquillité parfaite, le respect voulait dire beaucoup de choses, les valeurs morales sont enseignées; Ils ont le regret du vivre ensemble; bref, Ce que les nostalgiques me racontent me font croire que le Pestel d'antan était bien meilleur que celui d'aujourd'hui.

Ces nostalgiques qui se souviennent encore de ce bon vieux temps racontent que Devan Legliz, principal quartier résidentiel du centre-ville, donnait l'impression qu'on est dans une rue de Paris tant que la culture française s'y répandait. Les familles notables ont copié les mœurs des plus grandes familles de Port-au-Prince; le parler français s’imposait. Les enfants, les jeunes et les adultes s’habillaient décemment. Certains d'entre eux portaient des vestes.

Si jamais un jeune appelait un vieux directement par son nom, il serait fouetté. Selon la règle, on veut que les enfants mettent "ton" devant chaque garçon et "tant" devant chaque fille plus âgée à qui on s’adresse. Au cours de ces années-là, chaque enfant qui croisait un adulte le saluait convenablement. C'est pour vous dire que l'autorité parentale était respectée à la lettre et également l'autorité des dirigeants.

Ils ont aussi raconté que la ville se réveillait toujours propre. Tout le monde prenait soin de leur "lakou" et de l'entrée de leurs maisons. Ils ont leurs maisons très propres.

Tout comme, il y régnait une ambiance intellectuelle. Il n'y a pas si longtemps de cela que l'on croisait les enfants étudier en pleine rue leurs leçons et faire leurs devoirs. Ce fut le temps des grandes compétitions intellectuelles. Les élèves s'organisaient en groupe de travail pour affronter intellectuellement les autres. Beaucoup de gens connaissent par cœur des vers de Corneille ou de Racine. On croisait des jeunes filles arlequin en main. Ce fut les grandes périodes des jeux de correspondance, où les gentelemen apprenaient par coeur des vers de Ronsard pour reciter pour leurs jeunes amoureuses.

En ces temps-là, les activités commerciales au centre-ville étaient beaucoup plus volumineuses qu’aujourd’hui. Les samedis, le marché donnait l’impression qu’on était au champ de mars dans une défilé carnavalesque tellement les rues grouillaient de mondes. Sur les perrons de l’ancienne Église Catholique, s’étalaient des artisans venus de Camp-Perrin ou de Port-à-Piment et certaines marchandes d’articles divers. En descendant du pied de morne, tous les acheteurs se ruèrent pour aller se procurer de leurs articles à la boutique de Brière. Sur tout le pavé, affluèrent des marchandes. Plus bas, ce fut l’espace des vendeuses de toile venant de la ville des Cayes. Sur le quai et à Lòt bò Pon, étaient  exposés les vivres alimentaires, les poissons et les autres denrées. Ils furent achetés la plupart du temps par les Madan Sara de la Gonâve. Quand ces derniers ne furent pas débarqués, il n’y eut pas de la vente pour les paysans. Comme ils ne pouvaient pas retourner chez eux avec leurs marchandises, ils les jetèrent parfois à la mer. 

Plus tard, quand rentrèrent le soir les boutiquiers, les marchandes ou les spéculateurs, les sourires étaient sur les lèvres quand ils eurent terminé de comptabiliser leurs recettes. En décembre, la vente fut deux fois plus intéressante. Le jour du 24 décembre, c’était la grande foule. On dit alors que tous les ‘’zombis ‘’ libérés sont venus au marché. Tous les samedis et mercredis, après le marché, dans toutes les maisons, on ne mangeait que du brouillon ou des vivres alimentaires ainsi que de poissons en sauce. 

Au temps de semaine sainte, à Nan Tifon, les petits tout comme les grands se donnaient rendez-vous pour mesurer leurs toupies et pour lancer leur cerf volant.

Ils ont aussi raconté qu'en ce temps-là, le soir, il y eut parfois des sérénades à la belle lune. En plus, quand il y a bal ou kermesse, les parents accompagnent parfois leurs enfants de sorte que tout se passe bien. Certaines fois, ils ont pris part au Piketè, sorte de spectacle au cours duquel les filles apportent des fruits ou d’autres éléments à des individus. En certaines occasions, des randonnées sur des plages ou à la campagne sont organisées. 

Ils n'ont pas rêvé d'avoir un Pestel où ont lieu assez souvent des scènes publics. 

Rappelons qu'en ces époques, les jeunes jouaient les jeux de hasard, fumaient du marijuana et consommaient de l'alcool en se cachant. Tout a changé; ils ont fait tout cela sans gêne.

Les changements sociaux qui ont lieu, ces jours-ci, au sein de la communauté pesteloise ont fait rêver les nostalgiques. Ils ont marre du comportement affiché par certains jeunes. Ils sont comme les Anciens écrivains du 17ème siècle qui avaient peur des changements annoncés au niveau de l'art littéraire. 

Beaucoup de ces changements dont ils se plaignent ont leurs racines dans la dynamique de la nouvelle société créée après 1986. Les nouvelles données politiques ont fait bouger la communauté pesteloise dans un sens contraire aux aspirations de certaines gens. Elles ont donné lieu à du vagabondage, de la disparition de certains principes de bienséance. Ajouté à cela, les évolutions du monde et les problèmes socio-économiques ont fait aussi évoluer la réalité sociale.

La migration qui a enregistré au cours des années 90 et 2000 a son mot à dire dans cette situation. 

Beaucoup de ces gens n'ont pas cessé de critiquer les nouvelles pratiques politiques, le laxisme et le populisme de certains de nos dirigeants.

Ce que ces nostalgiques n'ont pas compris c'est que le Pestel dont ils parlent n'avait que six ou sept familles, 1,000 personnes pas plus. Il n'y avait pas encore autant de pauvreté, de misère et de gens qui vivent sous le férule des politiciens. Il n'y avait  non plus autant de disconvenances. 







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