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Vers l'installation d'un discours anti ONG au sein de la communauté pestéloise Pestel

 Vers l'installation d'un discours anti ONG au sein de la communauté pestéloise 




Le manque d'impacts des programmes des ONG au sein de la communauté a fait susciter des questionnements de par et d'autres. Ces réflexions s'articulent essentiellement autour de leur approche d'intervention. En conséquence,  un discours anti ONG voit le jour où certains tenants dénoncent le gaspillage de fonds dans des projets non viables. Touché par un tel acharnement contre les structures caritatives ou humanitaires qui œuvrent sur le terrain, Pestel connexion blog se propose d'élargir les brainstorming autour de cette problématique qui ont débuté depuis quelques temps en de petits groupes de discussion. Pourquoi Pestel est-elle tombée dans une situation? Comment est la logique d'intervention des ONG ? Qu'en est-il des attitudes des autorités face à leur intervention ? Comment sont les impacts ?

Un survol sommairement de la situation va pouvoir nous faire comprendre comment on est arrivé là. 

Pestel n'a pas toujours été affichée en rouge dans la cartographie d'intervention de l'État. Car, au départ,  la commune était réputée d'une zone potentiellement productive, de grande production caféière et dont les impacts sur l'économie quotidienne étaient analysés positivement sur la population. La chute des prix de l'or vert sur le marché international a provoqué automatiquement le déclin de cette culture. 

Au lendemain du déclin de la production caféière à cause de plusieurs facteurs, l'économie pestéloise rentre dès lors en régression. En effet, le commerce qui reposait largement sur cette culture tombe aussi  bien en décrépitude. Cela a pour effet immédiat l'appauvrissement des familles où leur pouvoir d'achat était déjà fragile étant donné que les principales de substitution à l'or vert à savoir le haricot, l'igname, le manioc auxquelles elles se consacrent ne sont pas aptes à créer autant de richesses et de croissances économiques pour la zone. À cela s'ajoutent le manque d'infrastructures nécessaires au développement, l'absence d'investissements et l'absence d'activités génératrices de revenus. 

L'argent généré par le café n'a pas servi à créer des investissements clés au sein de la commune. Il était utilisé essentiellement à payer les études des enfants dans de grands collèges de Port-au-prince et de grands centres universitaires à l'étranger, construire des maisons de commerce. Les retombées de cet investissement ne se font pas sentir à Pestel, car les jeunes pour qui l'argent du café a été investi n'ont rien apporté en retour pour l'économie. Ils ne sont pas rentrés dans une dynamique de créer des entreprises susceptibles de favoriser la croissance et la création d'emplois. 

Plus tard, les politiques néolibérales adoptées par l'État haïtien à la fin des années 80 et au milieu 99 ont détérioré davantage les conditions de vie des habitants. L'économie pestéloise se trouve on ne plus sur la sellette. Face à cette situation de misère, un fort pourcentage d'habitants de la communauté abandonnent le travail de la terre au profit de la fabrication du charbon qui, à leurs yeux, offrent beaucoup plus avantages économiques. Cela expose davantage la population à l'extrême vulnérabilité économique. 

Cette situation à laquelle la communauté pesteloise fait face a facilité l'arrivée des ONG sur le terrain. 

Pestel n'a pas, dès le départ, eu cette grande tradition. Apparemment, la fin des années 90 marque le déferlement des premières structures caritatives dans la commune. Cependant, les informations disponibles font remonter leur apparition à la fin des années 70. L'ONG "Médecins sans Frontière" qui intervenait au dispensaire sur recommandation du révérend père Ernest Le Garec est identifié comme la première structure humanitaire à pouvoir faire son arrivée. Certaines notent la présence de l'ONG américain Care depuis le début des années 80. Ceci est vrai à telle enseigne il a participé à réaliser à une étude sur le captage de la Source de Savon vers 1984.

De tout cela, un fait reste certain est que la dégradation des conditions de vie des Pestelois à partir des années 2000 a scellé l'envahissement des ONG tels que Care, CRS, Caritas, Médecins du monde, Croix Rouge Haïtienne au sein de la communauté pestéloise dans une perspective réponses aux problèmes jugés urgents. Care a eu son intervention au niveau du centre de santé dans le domaine du VIH/SIDA. Quant à CRS et Caritas, ils ont les leur dans la relance de la production caféière. Entre temps, leurs interventions n'étaient pas étudiées et critiquées en dépit des faibles résultats escomptés dans leurs activités.

La dégradation de la vie économique du pays a exposé davantage dans l'extrême vulnérabilité. Cette situation socio-économique qui se dessinait au jour le jour a servi de prétexte à l'intervention de l'ONG PADF au sein de la commune pour l'exécution du projet baptisé "Projet de développement communautaire participatif (PRODEP)" mis en œuvre par le CECI de janvier 2006 à juin 2013, pour le compte de l’État Haïtien. 

Ce projet qui s'est donné pour objectif de contribuer à l’amélioration de la gouvernance locale et au renforcement de la cohésion sociale dans les communautés au moyen des structures participatives n'a su donner les résultats escomptés. La majorité des problèmes auxquels la communauté a fait face autrefois demeurent plus que  jamais intacts. De nombreux des petits projets priorisés ont vu leur fonds détourné. En plus, beaucoup d'entre eux ont nié les aspirations des gens en dépit de l'approche participative priorisée par les acteurs dans leur intervention comme a souligné le travailleur social Baudelaire Julien dans sa mémoire de sortie à la Faculté des sciences humaines. 

Bref dans les discours qui montent en puissance,  on note que ce programme n'a pas impacté positivement les conditions de vie de la population. Il n'a pas aidé à mettre en place une cassaverie, à renforcer le secteur de la pêche, à créer des alternatives viables pour la communauté.

Le passage de l'ouragan Matthew sur la commune a facilité l'arrivée d'autres ONG. On peut citer à titre d'exemples Cesvi, Habitat pour l'Humanité. 

Cesvi, dans son intervention, a construit grâce au financement de l'Union européenne 191 maisonnettes. Les résultats de leurs programmes s'attirent les foudres de la communauté. Les cases qu'ils ont construites pour les bénéficiaires ont été la cible de critiques. Pour de nombreuses personnes, ces maisonnettes sont susceptibles à favoriser la propagation des maladies telles que la tuberculose, la gale et développer une certaine promiscuité sexuelle.

L'opinion publique n'a pas manqué de dénoncer la passivité de nos dirigeants face à cette dérive. Les relations qui établissaient entre les acteurs ont démontré que ces autorités étaient de mèche avec l'ONG. Par ce programme, un petit groupe de politiciens arrive à instrumentaliser la communauté, à régler leurs propres affaires et faire campagne.

Les programmes cash initiés par l'organisme mondial PAM à travers CESVI ont été une véritable fiasco pour la communauté. Elles ont servi à enrichir davantage certains individus qui ont pris leur contrôle au lieu d'améliorer les conditions de vie de la masse . Ils ont causé des dégâts énormes sur les comportements des gens. La culture de la dépendance est instituée. C'est au cours de l'exécution de ces programmes que l'expression" blanchi lajan" est devenue courante dans la région.

Bref, ces programmes n'ont pas servi grand chose pour les conditions de vie des habitants. Ils n'ont pas solutionné les problèmes de l'eau potable, de l'agriculture. Les fonds débloqués sont utilisés à rouler de grandes marques de véhicules, payer des hôtels luxueux au lieu de participer à resoude les problèmes des gens.

En 2019, à force que la population n'a su se redresser de leurs problèmes courants après le cyclone Matthew, en 2019. L’Union européenne (UE) et ses partenaires Care Haïti, Catholic relief service (CRS) ainsi que ACTED ont lancé le projet intitulé «Pro résilience Sud» à Jérémie. Ce projet vise à aider la population du département de la Grand'Anse à mieux se protéger et à rebondir face à une catastrophe naturelle et aux changements climatiques. Qu'est-ce qui est fait? 

À date, les impacts de ce projet ne se font pas sentir au sein de la communauté pestéloise. ces organisations qui ont promis de réparer les routes agricoles, de fournir aux agriculteurs et pêcheurs des outils adéquats pour travailler avec efficacité, favoriser la gestion rationnelle des ressources naturelles et de l’environnement pour réduire les effets néfastes des catastrophes naturelles dans cette région, accroître la production des filières agricoles et l’augmentation des revenus des populations en milieu rurale réalisent pas trop grand grand-chose.

Ces critiques sont aussi valables pour le projet ABE piloté par le Programme des Nations unies. Pour ses cinq ans d'exécution, pas grand-chose sinon l'aménagement du bassin versant de Jean Bellune et celui de Cadette, un programme d'éducation relative à l'environnement, la réhabilitation des mangroves aux Îles Cayemites.

Même critiques pour CRS pour son projet KABOS. 

Le seul programme jusqu'ici épargné par autant de critiques demeure PITAG. Cependant, certaines personnes dénoncent les modalités d'enregistrement des planteurs. Tout se fait sur base de militantisme et non en fonction de bonnes enquêtes relatives aux conditions de vie de la population.

L'absence d'alternatives viables aux gens crée une atmosphère anti ONG au sein de la commune. Certains jugent que ces programmes ne font que faire dépendre les gens de l'aide et créer les conditions pour que Pestel demeure une commune d'ONG. Les discours vont changer dépendamment des réponses qui vont apporter aux problèmes cruciaux auxquels font face les communautés. On dénonce le fait que ces programmes ne répondent pas aux aspirations des zones. 

Ossanto Navas 


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