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Nous ne reverrons plus notre Maximo Roumer (Première partie)

 Nous ne reverrons plus notre Maximo Roumer (Première partie)

Publié le 2021-06-08 | lenouvelliste.com

Si les Cubains appelaient Fidel Castro le  Máximo líder de la Révolution, nous avions, nous aussi, dans la Grand’Anse notre Don Máximo, nom de famille Roumer. Un grand bonhomme d’une extraordinaire simplicité qui a été l’âme de la coopération haïtiano-cubaine dans les domaines de la santé, de  l’éducation et de l’énergie. En plus d’être la conscience de sa ville et de sa génération.

Simple coïncidence ou prédestination, Maxime portait bien son prénom, qui  était aussi celui d’un oncle généralement considéré comme le leader, le plus attachant et le mieux formé des sept fils de Léopold Roumer père : Numa, Vidal, Eugène,  Émile, Yves, ce Maxime-là et Antoine, son père.  Enfant, sa sœur Mathé l’appelait aussi « Máximo  Gomez », son homonyme et héros de la guerre d’indépendance de Cuba. Toujours par coïncidence, notre Maxime Roumer naît le 12  mai 1950, soit deux jours après le renversement de Dumarsais Estimé par une junte présidée par le général Franck Lavaud, qui se trouve être le frère aîné de sa mère Denise Lavaud.

Mentionnons au passage que le président déchu était rentré à Jérémie un mois plus tôt pour inaugurer le pont suspendu sur la Grand’Anse qu’il avait logé chez Nono Lavaud, un autre frère de sa mère. Maxime aura donc bien raison quand il dira en interview que la politique était un des sujets de conversation favoris dans sa famille. Le fait qu’il ait été fignoliste  à 7 ans annonçait déjà ses couleurs.

 Dès le plus jeune âge, Maxime va se signaler comme un enfant différent des autres. Par sa grande taille, sa nonchalance apparente, sa vivacité d’esprit, sa passion pour la mer, la nature, la lecture, son penchant pour la solitude, il se distinguera de la plupart de ses camarades de promotion. À l’âge adulte, il deviendra un éducateur compétent, une  personnalité politique respectée, un militant communautaire exemplaire. Et par-dessus tout un ami généreux, serviable, poussant jusqu’à l’abnégation l’amour de son coin de pays, la Grand’Anse.

La comparaison avec Fidel Castro n’a rien d’une exagération si l’on pense que l’agence  de presse Prensa Latina exprimait la même idée dans le communiqué annonçant son décès. Reprenant un commentaire de l’ex-présidente de l’Association des résidents cubains d’Haïti, Etna  Sigue, le communiqué disait en essence que Maxime Roumer  « était  du même style que  " notre Fidel "  et  qu’il n’y avait dans ses projets aucun désir de profit, mais l'ambition de faire avancer le peuple d'Haïti, en particulier la région de Grand'Anse ».

Du concert de louanges et d’éloges déclenché par sa disparition soudaine, je retiens au hasard quelques-uns des témoignages les plus frappants. Frantz Duval, le rédacteur en chef du Nouvelliste, a souligné les compétences et les traits marquants de la personnalité de son ancien professeur, qui était devenu un ami.  La romancière Yanick Lahens avouait que ce départ soudain l’avait laissée sans voix et qu’elle ne trouvait pas de mots pour exprimer sa tristesse.  De son côté, l’ancien président du Sénat Kelly Bastien évoquait les excellents souvenirs qu’il gardait de sa collaboration avec ce parlementaire du Sud du pays. Quant à Nadine Magloire, dont le franc-parler est bien connu dans le monde des lettres, elle déplorait d’avoir découvert Maxime Roumer en même temps qu’elle apprenait sa mort. Le peu qu’elle avait ainsi appris de lui justifiait de sa part  un jugement très favorable, ce qui n’est pas peu dire.

Dans les rangs des anciens amis de Paris, des bénévoles de l’Université Nouvelle Grand’Anse (UNOGA) à laquelle Maxime  a consacré la dernière tranche de sa vie,  comme dans les médias sociaux, c’est un peu la désolation, une inquiétude à peine contenue. Marina Gourgues et Raymond Kernizan s’inquiètent un peu au sujet de la future direction de cette institution si prometteuse. Dans les médias sociaux, c’est Alter Presse qui a levé la marche, et Hervé Gilbert  pleure encore l’effondrement du dernier rempart dressé à ses yeux contre l’indifférence et l’obscurantisme « en Grand’Anse », pour parler comme Pierre Chavenet.

L’avenir de l’UNOGA

Sur le terrain, les choses sont pour moi beaucoup moins graves qu’elles paraissaient au premier abord et qu’elles paraissent encore de loin. D’une part, Maxime déléguait beaucoup, de sorte que le personnel affecté à l’administration et à l’enseignement s’acquittait déjà de ses tâches avec compétence, dévouement et enthousiasme. Ces collaborateurs n’auront donc qu’à continuer sur la voie déjà tracée. D’autre part, Maxime avait visé juste en misant sur des cadres formés sur place et venant en grande partie  de la région. En outre, la composition très diversifiée du Conseil d’administration de 23 membres, bien que lourde à gérer, est en soi un motif d’espoir.

Reste la question du financement externe, de la collaboration des experts venant de l’étranger et des tâches de relations publiques. Ici encore tous les espoirs sont permis. Déjà, sa cousine Virginie Lavaud qui, de Paris, communiquait avec lui presque tous les jours, a relancé, conjointement avec son mari Paul Amazan, les amis, les  bénévoles et les sponsors, et leur SOS a été entendue. De Paris également, Raymond Kernizan, qui a déjà fait le pèlerinage à Décadé pour animer un séminaire, est du nombre des amis de l’UNOGA qui examinent les différentes manières possibles de renforcer l’institution. D’Ottawa où je vis, je m’inscris comme soldat dans la croisade qu’il faudra entreprendre pour assurer la survie de l’UNOGA et l’aider à franchir de nouveaux sommets, tout en protégeant son fondateur des risques de l’oubli.

En résumé, tous ceux et celles qui ont connu Maxime se souviendront de son engagement de militant de gauche, de son désintéressement, de son intégrité et du fait qu’il a été toute sa vie  un homme de conviction. Deux bémols relevés dans le concert des éloges : le maigre héritage législatif qu’il a laissé au terme de trois mandats au Sénat  et son appartenance à un parti politique local qui n’a pas laissé que de bons souvenirs.

Maintenant que le colosse s’est effondré, il faut penser aux funérailles. En temps normal, le Máximo aurait eu  des obsèques de l’ordre de grandeur de celles que Jérémie a offertes dans le passé à ses oncles Nono Lavaud et Émile Roumer. Papa Nono, du côté maternel, et Mèt Emil, du côté paternel. Dans le contexte de la COVID, la famille a opté, par la voix de sa sœur aînée Marie-Thérèse et de son frère cadet Léopold, pour la protection de la population. Elle voulait procéder dans un premier temps à l’inhumation, de la manière la plus sécuritaire possible pour tous et pour toutes, ce qui a été fait en cette matinée du jeudi 3 juin en cours. Les funérailles et autres  cérémonies de célébration de la vie auront lieu lorsque tout danger de contamination aura été écarté.

De toute façon, nous ne reverrons plus notre Máximo déambuler nonchalamment dans sa splendeur de géant sur les sentiers de Bordes, de Rochasse ou de Calas. La tête dans les nuages, les pieds dans la poussière, à la recherche d’une nouvelle variété de roses...

J’adresse mes condoléances les plus sincères à tous les membres de la famille, en particulier à Mathé, à Léo, à Virginie et à son époux Paul Amazan; à ses enfants Palanka, Mileva et Christophe; à tous les membres du personnel de l’UNOGA, qui se sont réveillés brusquement orphelins dans la matinée du vendredi 28 mai écoulé. Aux centaines d’amis qui ont nagé avec lui dans la rade de Jérémie; joué au volleyball avec lui sur des cours de récréation; gratté la guitare en sa compagnie partout où la fête ne tournait pas à la débauche; mangé la vache enragée avec lui dans le Quartier latin… Impossible d’oublier ici son frère de combat Maxon Charlier, dont la fille Vélina a repris le flambeau de la lutte pour la récupération des fonds dilapidés de PetroCaribe.  Impossible aussi  de passer sous silence les centaines de militants de gauche avec qui il a frôlé la mort et la torture sous la dictature, ainsi que l’armée de bénévoles avec qui il a conçu et réalisé le rêve grandiose de doter la Grand’Anse d’une université communautaire autonome plantée au cœur de l’arrière-pays…Máximo, tu es parti, mais tu vivras toujours dans nos cœurs.

Eddy Cavé


Ottawa, le 3 juin 2021

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