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SICARD : de l’hospitalité à la méfiance des habitants.

SICARD : de l’hospitalité à la méfiance des habitants.


Il est prouvé par d’éminents  ethnologues comme pour l’ensemble des chercheurs en sciences sociales, l’ethnologie c’est avant tout une expérience personnelle de la société étudiée, c’est en gros « Faire du terrain » pour citer Jean Copan dans son ouvrage intitulé : Introduction à l’ethnologie et à l’anthropologie 3ème édition (1). Et qui dit ‘Terrain’ revient automatiquement à évoquer d’abord une population à étudier et la présence morale, intellectuelle et physique d’un (e) ethnologue. De là, une rétrospection sur les premières recherches ethnologiques avec notamment les travaux importants réalisés par Frantz Boas et Bronislaw Malinowski, l’un chez les indiens sur la côte-Ouest des Etats-Unis et l’autre chez les habitants des îles Tobriand au large de la Nouvelle Guinée (2) (Marc Augé, et Jean Paul Colley) pourraient aussi en témoigner. Disons, la construction de presque toutes les grandes théories qui, aujourd’hui, constituent ou représentent la matrice de l’Ethnologie et de l’Anthropologie dont : l’évolutionnisme avec Lewis Morgan et Friedrich Engels par voie de conséquence, le culturalisme avec des chercheurs comme : Margareth Mead, Alfred Kroeber, le fonctionnalisme avec Radcliffe-Brown, le structuralisme avec Claude Levis Strauss, le marxisme avec des penseurs comme : Claude Meillassoux et ensuite Maurice Godelier. Ces théories découlaient toutes, de tout un ensemble de recherches de terrain qui ont été réalisées. Ainsi, si selon (Mac Augé), la notion de terrain peut designer à la fois comme un lieu et un objet de recherche, dans le cadre de cette démarche « SICARD» est selon nous, le lieu de recherche. La  compréhension de l’ensemble des logiques manifestes et latentes caractérisant la problématique sous-nutritionnelle ou sous-nutrition des populations habitant nos zones d’études, représente en quelque sorte notre objet de recherche. La ballade entre l’Ethnologie, l’Anthropologie et la sociologie  nous a servi de support théoriques pour  l’analyse et la compréhension de certaines approches. Nous entendons, par cet article, partager notre expérience de terrain en tant qu’apprenti chercheur. 

De ce fait, avant d’entrer dans les détails puisqu’il s’agit d’un travail ethnographique, il serait important de procéder à une certaine présentation de cette petite communauté dénommée «SICARD»  et ensuite, expliquer en partie le contexte qui nous a amené dans cette contrée.

Commençons d’abord par le contexte qui nous y a amené. En 2017, le MSPP à travers son unité de Coordination du programme National d’Alimentation et de Nutrition (UCPNANU) avec le co-financement de certaines agences des Nations unies (UNICEF, PAM et OCHA) a mené une enquête SMART sur 12 communes du département de la Grand ‘Anse et 6 communes du département du Sud. Ici, on veut profiter de l’occasion pour rappeler que le nombre de communes du département de la Grand ‘Anse est actuellement passé à 14.  Les Iles Caymites et Marfranc sont les deux nouvelles communes. Les résultats de cette enquête ont permis d’identifier 5 communes du département de la Grand ‘Anse ayant des poches de malnutrition. Des interventions d’urgences ont été recommandées sur ces communes comme d’habitude ! Ainsi, l’organisation d’une analyse causale sur la sous-nutrition s’inscrit donc, dans une démarche de conception de réponse optimale intégrée. On se donnait comme objectif général : d’identifier les déterminants et les mécanismes de la sous-nutrition au niveau local en vue de contribuer à l’amélioration de la pertinence et de l’efficacité des stratégies de luttes contre la sous-nutrition et plus largement des programmes de sécurité nutritionnelle dans le département de la Grand ‘Anse. Et comme objectifs spécifiques :1) identifier et catégoriser les facteurs de risque responsables  des cas de malnutrition aigue sévère et chronique parmi la population de la zone étudiée et aussi estimer la prévalence de ces facteurs de risque. 2) Chercher à comprendre comment les facteurs de risque responsables de la sous-nutrition interagissent afin d’arriver à déterminer les schémas causaux de la sous-nutrition susceptible d’expliquer la plupart des cas de sous-nutrition dans la zone étudiée. 3) comprendre comment les facteurs de risque responsables  de la sous-nutrition au sein de la population étudiée de la zone ont évolué au fil du temps et/ où évoluent au cours des différentes saisons. 4) identifier les groupes vulnérables à la sous-nutrition tout en mettant l’accent sur les différences de vulnérabilité. 5) identifier avec les communautés l’ensemble des leviers et des barrières susceptibles d’influencer les principaux mécanismes de causalité de la sous-nutrition. 6) Identifier les besoins et les capacités des communautés pour répondre aux mécanismes sous-jacents identifies.7) Elaborer des recommandations pour améliorer les programmes de sécurité nutritionnelle dans la zone étudiée et soutenir l’élaboration d’une stratégie multisectorielle globale. A ce point, il convient de rappeler que l’étude a été réalisée en deux temps. Le premier temps était consacré à l’étude qualitative allant du 12 Mars au 19 Avril 2019 auquel on a participé à titre « d’Assistant Chercheur » suite à l’organisation d’un concours pour ce dit poste. Et le second temps était réservé à l’étude quantitative allant du 01 au 17 mai 2019. Donc pour la première phase de l’étude on a adopté l’approche « qualitative » qui allait suivre la méthodologie LinkNCA, développée par Action Contre La faim (ACF). Il faut ici rappeler que la Link NCA  est une étude structurée, participative, holistique et multisectorielle basée sur le cadre conceptuel de l’UNICEF dont le principal objectif est d’identifier les principales causes de la sous-nutrition dans un contexte donné. 

En fait, on devrait  par cet article, parler de l’ensemble des sections, habitations formant l’Arrondissement Anse d’Hainault concernées par notre étude. Disons, l’ensemble des 13 sections dont sur Dame-Marie :1) Bariadelle 2) Dallier 3) Desormau 4) Baliverne et 5) Petite rivière ( ti rivyè). Pour la commune d’Anse d’Hainault : 1) Grandoit, 2) Bourdon 3) Ilet à Joseph 4) Mandou. Et finalement pour Irois : On a eu 1) Matador 2) Belair 3) Carcasse. Si dans ce travail, l’accent est  mis sur « SICARD » c’est bien pour des raisons diverses. Car, en dehors des tâches professionnelles qui nous ont été confiées et pour lesquelles on a été aussi payé ; parmi toutes les localités où on a pu travailler, à SICARD, on a fait certaines découvertes assez intéressantes et qui ont par ailleurs interpellé notre conscience en tant qu’apprenti chercheur.

Pour organiser les différents entretiens, les focus groups, on a prévu de séjourner pendant plusieurs jours dans chaque zone d’intervention. Ce qui nous permettrait non seulement de créer beaucoup plus de proximité avec les habitants, mais aussi nous adapter avec leur calendrier de travail et de mieux observer à travers leurs pratiques alimentaires, hygiéniques etc.. Les habitants ne sont pas toujours chez eux; les hommes passent généralement la majeure partie de leurs temps à travailler dans les champs et les femmes aux marchés pour vendre les récoltes cultivées ou parfois à la rivière pour faire de la lessive. C’est ainsi un matin 14 mars 2019, dans le cadre de ce même travail d’observation, de compréhension et collecte d’information avec les membres des différentes communautés qu’on vient de citer, on était atterri à « SICARD ». Les lois Haïtienne sur le découpage territoriale parlent de la section communale comme étant le plus petit espace territorial en terme de superficie, sans faire mention que les sections communales se composent de tout un ensemble de localités et d’habitations. C’est juste pour dire que « SICARD » est l’une des plus belles « Localité » de MANDOU deuxième section de la commune Anse d’Hainault, habitée par une population d’environs mille trois cents (1300) Habitants, selon l’un des responsables du « KOSA : Konbit Sitwayen Angaje » (3), les gens vivent essentiellement de l’agriculture dont : la ginjambre, la pistache, l’igname, le haricot représentent leurs principales récoltes. Dépourvue de structure sanitaire, car une femme enceinte doit parcourir plusieurs km pour arriver à l’Hôpital d’Anse-d’Hainault afin detrouver du soin. Parfois elle meurt au beau milieu de la route presqu’inaccessible à moto voire en voiture. Il n’y a qu’une école primaire, pas d’adduction d’eau potable même si la zone a plusieurs sources et rivières. Dès notre arrivée, on a été reçu chaleureusement par un certain Monsieur Beauvais en compagnie de sa femme. Le monsieur se montrait déjà être le chef du village, car il voulait à lui seul répondre et poser toutes les questions. Quelque temps plus tard, on allait comprendre que c’était sa femme que la population avait voté comme chef du village mais lui, il a pris le pouvoir. Et, c’est avec eux qu’on a eu notre premier entretien.

Dans une séance portant sur l’évolution des facteurs de risques, mais orienter vers une approche diachronique  ayant rapport aux  différentes saisons, leurs plantations, leurs calendriers saisonniers, avec les gens les plus âgés et de statuts différents. Le plus âgé avait 93 ans et le moins âgé de 27 ans. Ils décrivent leur communauté « SICARD » comme une communauté en décrépitude, ils ne cessent d’évoquer le nom de François Duvalier qui, lui seul, pouvait gouverner le pays; le problème de la déforestation est le socle qui conduit à tous nos problèmes à SICARD. D’ailleurs, ça conduit à l’érosion qui fait disparaître  les arbres fruitiers qui donnaient à manger (Véritables, mangues, avocats etc..) ça conduit à la disparition presque totale de certaines plantes que nous utilisons comme guérisseur traditionnel. La déforestation chasse tout un ensemble d’espèces d’oiseaux certains d’entre eux jouait le rôle de gardien dans la maison. Ils (Jacquots/Perroquets) pouvaient parler comme un enfant, ils disent tout qui se passe en notre absence. Donc, selon eux, tous ces facteurs là, influent une santé précaire des habitants. Pour deux prêtes vodou, la détérioration de leur environnement a chassé les esprits qui  habitaient les arbres notamment le Fugier et le Mapou;  la coupe de ces arbres chasse les esprits qui nous protégeait, qui nous guérissait dans le temps. La sécheresse de nos sources d’eau, de nos rivières chasse la sirène et d’autres esprits. Autrefois, on était mystiquement plus forts,  car les esprits « Guinen » étaient là, nous soutenaient, guérissent nos enfants malades. Mais malheureusement nous les avons chassés. En tant jeune chercheur, on était intéressé à approfondir sur les rapports existant entre l’homme, les esprits et la nature. 

L’experte responsable en chef de l’étude était aussi très intéressée mais les gens ne voulaient pas approfondir ces aspects là. Certains d’entre eux notamment les femmes qui étaient là, soulignaient la rupture dans les familles, les familles recomposées, la quantité d’enfants à nourrir dans les familles sont aussi des facteurs importants parmi les causes de la sous-nutrition des enfants. Pour les hommes, les nombre d’enfants dans le temps ne posaient de problème, car ils pouvaient les nourrir. Ainsi, on nous a raconté une anecdote assez intéressante  en ce sens qu’il existait un houngan(4) dans la communauté qui avait plus d’une centaine d’enfants (biologiques) et un jour, il fêtait pour ces esprits; il n’y a  eu aucun espace pour les invités; seulement ses enfants suffisaient pour occuper l’espace de festivité. Au moment de notre étude, nous avons rencontré plus d’une vingtaine de la centaine de fils qu’avait ce Hougan. Dans l’histoire de la littérature Haïtienne notamment la génération de la Ronde, cette anecdote nous rappelle Justin Lhérisson à travers son chef-d’śuvre intitulé : la famille des pitites cailles. A « SICARD », quelques  cultivateurs avec qui nous avons développé un rapport spécial  à l’insu du reste de  l’équipe de recherche ; ces derniers, lors d’un  tête-à-tête  portant sur ce qu’ils considèrent comme obstacles, entraves pour leurs récoltes ; nous ont évoqué comme difficultés : Certains insectes nuisible comme le maroca (5), les catastrophes naturelles etc. Remarquant qu’ils ne soulignent pas l’absence de pluie au moment des plantations pour l’arrosage des jardins ou l’abondance de pluie au moment du sarclage, etc., nous leur avons posé la question. Avec quelques hésitations ; l’un regardait l’autre et sourit à tête baissée, ils nous ont appris que ce n’était pas une préoccupation pour eux, car certains d’entre eux ont le pouvoir de faire tomber la pluie et l’empêcher de tomber s’ils n’en ont pas besoin. Encore une fois, ce sont d’importants phénomènes que tout chercheur devrait comprendre. L’un d’entre eux qui était à la fois cultivateur mais aussi un devin et il donnait l’impression d’être le leader du groupe, refusait toutes questions pouvant nous aider à approfondir. 

 Les jours passent et en ce qui a trait à nos objectifs, nos séances d’entretiens, collectes de données étaient presque prêtes pour ne pas dire prêtes.  Le dernier jour où l’on devrait définitivement quitter SICARD, un monsieur de courte taille, un ami alors ; nous fait la confidence de son intention de venir nous visiter à l’Hôtel où nous allons nous reposer. C’est l’auberge de la ville d’Anse d’Hainault. Nous lui avons questionné sur les motifs et l’heure de la visite et il nous a précisé que c’est pendant la nuit. Nous lui avons demandé s’il ne pourra pas venir au cours des journées, il nous a répondu « non » parce qu’il s’occupe de ses activités de champs  et professionnelles (Guérisseurs) pendant les journées donc, c’est toujours pendant la nuit qu’il effectue ses visites. Cela nous a étonné, et provoque une certaine peur. De là, nous nous mettons automatiquement à rappeler les objectifs de la recherche, l’importance de cette dernière pour la vie des enfants de la communauté etc...Il nous rappelait que l’objectif de la visite à l’Hôtel ce n’est pas pour faire de mal à personne, mais juste pour montrer à l’experte étrangère que les Haïtiens ont aussi des pouvoir. Avec stupéfaction le lendemain très tôt, l’experte était venue nous dire que vers les trois heures du matin elle ressentait quelqu’un dans sa chambre et, a remarqué un cricket mais qui disparait tout de suite. Deux jours après, le même cricket était de retour et il a grignoté un morceau de pain qui restait sur la table de l’experte. Est-ce que c’était la visite ? On ne sait pas.

 Pourquoi c’est l’experte la cible ? Quelle est la motivation exacte des gens ? Ces interrogations faisaient donc partie de nos préoccupations.  

De là, pousser par la curiosité ; bien entendue caractéristique première chez tout intellectuel, tout chercheur, nous nous mettons à  réfléchir sur la planification d’un autre séjour où l’on sera seul, car l’Anthropologue une fois sur le terrain est un homme d’orchestre, il doit tout faire quand il est surtout seul. Et cette solitude est à la fois un état de fait et un choix. C’est la raison pour laquelle toutes les premières grandes enquêtes à la fin du xix siècle étaient certes considérées comme de véritables expéditions –donc, collectives. Mais, la multiplicité des populations à étudier et la tradition du penseur, chercheur solitaire ont très rapidement conduit à la dispersion des terrains. Cette situation historique sera assumée comme un choix méthodologique : l’effet de distanciation, l’observation participante n’est pas possible que si le chercheur est seul ; car à deux ou plusieurs, les termes de la comparaison sont déjà flous, l’expérience intime de la société autre est perturbée (6). Une semaine après la phase de collecte de données pour l’enquête qualitative, une experte américaine était déjà arrivée pour commencer la deuxième phase quantitative ; ce sont donc ces deux enquêtes qui allaient  se compléter pour statuer sur le résultat final de l’étude sur les analyses causales de la sous-nutrition d’une manière générale. Cette fois, on ne participait pas, et on ne l’avait pas voulu également juste pour avoir le temps de préparer  notre propre « Terrain ». 

Un après midi 15 Mai 2019, on  était  encore de retour à SICARD. Dont, l’objectif principal de ce retour c’était pour approfondir certains points dont : Comment arrêter la pluie quand on n’en a pas besoin et comment la faire tomber quand on en a besoin, comprendre le rapport qui existe entre les esprits et l’environnement (Rivières, source d’eau, les arbres) ; et finalement comprendre les modes de retransmission de certains rituels d’une génération  une autre ; puis, quelques considérations sur certains mots comme : Esprits Guinen, la sirène etc. 

On a visité toutes les personnes de la communauté avec qui on se saluait, avec qui on a eu des entretiens lors de notre premier terrain. Mais en ce qui concerne nos objectifs, les acteurs étaient presque déjà ciblés, ce qui allait raccourcir notre temps sur le terrain. Le premier personnage/ cultivateur que nous avons rencontré c’était au cours de cette même soirée où  nous nous sommes arrivés, nous demandait avec sourire pour l’experte (la blanche étrangère). Nous lui avons répondu qu’elle a voyagé  car, elle a fini son travail. Le lendemain, trois autres personnes nous ont posés la même question. Et, finalement le 18 mai, lors d’un entretien sur le mode de transmission des connaissances « Rituel » d’une génération à une autre, ils ont effleuré  « quelques conséquences des différents massacres organisés contres les guérisseurs de la grand ‘Anse » et nous ont demandé si on savait l’histoire ; nous avons répondu non, là, ils ont commencé par nous raconter que c’était une campagne contre les guérisseurs traditionnels, les esprits, les prêtes vodou. Cette campagne a été organisée par l’église et les blancs étaient les auteurs intellectuels de la mise en place de l’organisation de cette machine. Cette campagne a continué jusqu’à la dernière décennie du président Jean Claude Duvalier, où la Grand ‘Anse était le théâtre des massacres organisé contre les guérisseurs. A SICARD, on a eu au moins deux victimes entre 1985 et 1986, mais en dépit de l’éloignement de cette petite localité par rapport aux villes, ces cas, n’ont pas été rapportés. Après nos différents entretiens, par souci de vérification ; nous avons poursuivi nos recherches jusqu'à la lecture d’une publication du journal « Haïti-Progrès » sortant du 7 au 13 mai et du 4 au 10 juin 1986. On a rapporté avec précision qu’à Bariadelle section communale de Dame Marie, on a pu recenser le samedi premier Mars 1986 des mères, des grand-mères, des pères de famille, mourir comme des chiens sans maitres, comme des cabrits qu’on mène à la boucherie. Sept personnes ce jour là, ont eu la tête coupée…en file indienne et après interrogatoire, elles ont toutes passées à la machette. On brûle les logements et hounforts au nom du Dieu des Chrétiens.

Si l’un des principaux objectifs de notre recherche était d’observer les gens, notre retour sur le terrain nous ont encore appris que les gens nous observaient beaucoup plus que nous les avons observés. Non seulement ils ont observé, mais aussi ils prennent de notes sur le comportement de chaque membre de l’équipe de recherche. Selon certains d’entre eux, l’experte n’aimait pas saluer les gens, mais pourtant elle adorait tous les enfants qu’elle a pu rencontrer. Tout l’intéressait : coutumes, source, rivières, noms et fonction des esprits, noms des différentes feuilles/plantes qui guérissent ; et tout autre objet qui tombait sous yeux. Donc pour les habitants, en se rappelant de toutes les conséquences, des différents massacres organisés contres les pratiquants vodou dans la Grand ‘Anse ; l’experte pourrait bien être une chercheuse où une spécialiste dans les analyses causales de la sous-nutrition certes, mais toutefois ils ne pouvaient s’écarter de la possibilité pour qu’elle soit aussi une chercheuse de « secrets mystiques, une espionne »

 D’où en partie, en quoi résidait la méfiance des habitants de SICARD. Donc, la présence de l’experte représentait en partie une barrière ; non pas pour les détails sur les causes de la Sous-nutrition des enfants, mais spécialement certaines interrogations que nous avons voulu approfondir au moment de l’enquête.

Après environ une semaine de travail  assidu, il faut dire que nous avons collecté une très mince partie des informations ayant rapport à nos objectifs fixés. La réalité du terrain nous a appris que bon nombre  de nos préoccupations étaient de types ésotériques qui nécessiteraient l’initiation de l’apprenti chercheur.  Seulement, ils nous ont confié une recette pour prévenir la pluie et non pas pour la faire tomber et quelques éléments d’explications sur les différents rapports qui auraient existé entre les esprits et l’environnement « rivières, arbres, etc. ». Les habitants de SICARD  sont des gens respectueux, hospitaliers et  très laborieux. A notre départ, à titre de protection, ils nous ont proposés « un laissé passé » accompagnée d’une prière que l’on peut réciter dans les moments les plus difficile/ lè m angaje. Ce « laissé passé » (7) est valable pour seulement neuf sur les  quatorze communes du département de la grand ‘Anse. Toutefois, il convient de souligner qu’on a jusqu'à présent rien expérimenté.  

Par ailleurs, nous devons rappeler que les détails sur les persécutions contre les pratiquants du vodou en Haïti et plus particulièrement la Grand ‘Anse, ne nous a pas été tout a fait étrange, car nous en avons déjà pas mal d’idées à partir de nos lectures sur « les campagnes anti-superstieuses/rejette pour certains ». 

Sur ce, il est important de rappeler que cette expérience nous a beaucoup aidé. D’abord, cette étude nous  a permis de comprendre la logique causale  de la problématique sous-nutritionnelle des enfants de l’Arrondissement Anse d’Hainault (Grand ‘Anse). Ensuite, sur le plan intellectuel en tant qu’apprenti chercheur en sciences humaines et sociales, cette recherche nous a offert l’opportunité de mettre en pratique certaines théories de base dans le cadre de notre formation à l’université notamment en anthropologie. Durant nos séjours à SICARD, il faut dire que nous avons été impressionnés par non seulement  la qualité de l’accueil, mais aussi par la capacité d’observation des autochtones. Cette recherche nous a permis de mieux maîtriser certaines techniques de recherches dont : les  entretiens semi-directifs et la gestion, l’organisation des discussions de groupe,  qui constituent entre autres les deux principales méthodes de collectes de données. L’expérience des penseurs de la première génération d’anthropologue américaine, notamment les culturalistes nous ont servi. L’apport de la sociologie nous a été colossale dans le cadre de nos observations à SICARD, notamment les approches intéressantes de Georges Gurvitch (8) . Selon lui, la compréhension d’une réalité sociale ne saurait être possible en dehors de ces trois niveaux d’observations suivantes : l’observation macrosociologiques des sociétés globales, l’analyse des groupements partiels tels que la famille, les associations volontaires, les classes sociales ; bref tous les groupes sociaux qui structure une société. Et, enfin, le troisième niveau, le plus fin, celui des relations interindividuelles visant à identifier les différents modes de liaisons sociales, les différentes formes de sociabilité.

Notes

1. COPAN Jean p 23, Introduction à l’Ethnologie et à l’Anthropologie, 3ème édition, Que sais-je ?

2. Mac Auge et Jean Paul Colley, l’Anthropologie, édition Que sais-je p79.

3. Cette organisation a beaucoup travaillé dans la communauté SICARD, son siège social se trouve à SICARD même.

4. Ce hongan (prêtre vodou) s’appelait CHARLES Laurencier ; il était à la fois guérisseur et chef de société secrète. Après sa mort, les esprits qu’il servait ont réclamé CHARLES Venel pour assurer la succession. (KOSA)

5.Le nom d’un insecte nuisible qui détruit les plantes plus particulièrement les ignames. (Entretien avec les cultivateurs de la communauté). 

6.COPAN Jean opcit.p21.

7.  On entend par “Laissé passé” une sorte de permis de circuler pendant la nuit, et qui peut assurer la protection de l’individu propriétaire du laissé passé pendant la nuit contre les sociétés secrètes.

8.BRECHON  Pierre, les Grands Courants de la pensée Sociologique, p12.


BRECHON Pierre, Les grands courants de la pensée sociologiques

COPAN Jean, Introduction à l’Ethnologie et à l’Anthropologie, édition Que sais-je ?

Marc Ogé et Jean Paul Colley, l’Anthropologie

KOSA-AYITI.

Haïti Progrès du 7 au 13 mai 1986.

Haïti Progrès du 4 au 10 Juin 1986.


Bellance Jean Renold

Apprenti chercheur.







Commentaires

  1. Wowwwww, Je suis sans mots. Toutes mes félicitations Jean Renold, c'est si impressionnant et intéressant. Je me souviens de ces nombreuses expériences. Continue dans cette voie et tu atteindras le sommet. Félicitations mon ami

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