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Le pont sur la Grand-Anse, bien trop jeune pour mourir

 Le pont sur la Grand-Anse, bien trop jeune pour mourir


Par Mérès Weche



Après le roi Henri Christophe, grand civilisateur haïtien du XIXe siècle, qui nous dota de la noble citadelle du Cap-Haitien, le président Dumarsais Estimé nous a suffisamment montré le chemin de la fierté nationale, par des constructions assez imposantes pour soutenir la comparaison avec celles d’autres pays immensément riches. 

Ce n’est point du passéisme que de revenir à de telles réalisations, car c’est avec les matériaux du souvenir que les grandes nations construisent leur avenir, par le maintien des patrimoines et la transmission des valeurs. Nous avons de grandes brèches à colmater dans notre société, pour que les nouvelles générations haïtiennes, de l’intérieur et de l’extérieur, soient fières de leurs sources et ressources, ferments de l’identité nationale.

Patriote bâtisseur, à l’image d’Henri Christophe, le président Dumarsais Estimé, le plus estimé chef d’État haïtien de ces soixante-quinze dernières années, rêvait, dans la modernité, d’un futur de grandeur pour Haïti. En plus de ce superbe ouvrage d’art érigé sur la Grand-Anse, il rebâtit la ville de Belladère, pour une prestigieuse face à face avec la République voisine, sans oublier la Cité de l’exposition à Port-au-Prince où s’élevaient les pavillons des plus grands pays du monde, tels que l’Italie, la France et les États-Unis d’Amérique.  Cette merveille de bord-de-mer n’est plus l’ombre aujourd’hui de ce qu’elle fut, en comparaison avec le ``Malecon`` de Santo-Domingo, né plusieurs années plus tard. Mieux que ça, l’expo 1967, sur l’ile Sainte-Hélène à Montréal, dans le voisinage du pont Jacques Cartier, n’était même pas en chantier quand germa le ``Bicentenaire`` dans la pensée de l’illustre Dumarsais Estimé, site d’exposition universelle caractérisé par ses extraordinaires jets d’eau et de lumières. 

Les nouvelles générations d’Haïtiennes et d’Haïtiens du pays et de la diaspora doivent savoir d’où vient cette expression si galvaudée aujourd’hui d’Haïti ``perle des Antilles``. Le tourisme florissait à un point tel au pays que notre peinture primitive - pas nécessairement naïve - ornait les résidences de grands acteurs et actrices d’Hollywood, tels que Burt Lancaster, Charlton Heston, Gina Lollobrigida, Alain Delon, et plus encore, qui séjournaient respectivement à Ibo-Lélé, Oloffson, Castel-Haïti, pour ne citer que ces destinations hôtelières, jadis propices à une lune de miel de rêve. 

Jusque dans les années 70-80, nos superbes maisons gingerbread, à Pacaud, Bois-Verna et Bas-Peu-de-chose, attiraient les esthètes de partout, et c’étaient des modèles d’architecture que des profs en polytechnique prescrivaient à leurs étudiants pour des projets de sortie. Ceux de la République Dominicaine n’avaient, sans trop de frais, qu’à traverser la frontière. Aujourd’hui, c’est à l’inverse que ce voyage se fait, par absence de prise en charge publique de la formation   universitaire chez nous.

Le pont de réflexion que j’établis entre Haïti et d’autres pays peut paraitre illusoire aux yeux de certains, mais notre culture est si forte et notre passé si glorieux que nous ne saurions être un petit poucet sur l’échiquier des nations dont les idéologies ont façonné le Nouveau Monde. Champion des Droits de l’Homme, Haïti ne revendique point son ancienne dénomination ``touristique`` de ``perle des Antilles``- propre à un eldorado pour ``bronzés``-, mais bien son fier titre de ``lumière des nations``.  

À coté du Canada, pays bilingue, Haïti est la seule autre nation indépendante de ce genre en Amérique, ayant avec ce dernier le Français en partage.  Notre savoureuse langue créole et notre souche africaine nous distinguent culturellement du Québec, mais nos idiosyncrasies historiques se rapprochent sur bien des points. Et bien des ponts nous relient.   À l’exemple du pont Jacques Cartier qui fête cette année ses 90 ans, et qui se porte bien, nous ne devons point désespérer du pont Dumarsais Estimé, qui se porte mal à 75 ans. Et par rapport à celui de Brooklyn, construit en 1901, la même année que l’église Saint-Louis de Jérémie, ce pont sur la Grand-Anse est bien trop jeune pour mourir.   


Mérès Weche 


  

De haut en bas


Pont Dumarsais Estimé sur la Grand-Anse, Jérémie Haiti - 75 ans


Pont Jacques Cartier, Montréal Québec, Canada- 90 ans


Pont de New York, Brooklyn- 120 ans

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