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L'intercommunalité dans une perspective de post catastrophe, un geste qui compte beaucoup

 L'intercommunalité dans une perspective de post catastrophe, un geste qui compte beaucoup

On a souvent dit que c'est dans l'adversité qu'on reconnaît ses vrais amis. Il a fallu du séisme du 14 août dernier pour les Pestelois se rappellent que la commune des Abricots est sa vraie amie.


Le dimanche 29 août 2021, certains habitants de la commune des Abricots ont débarqué à Pestel dans trois (3) chaloupes remplies de vivres alimentaires. Ils sont venus en aide aux sinistrés de la communauté pestéloise. Ce geste de solidarité a été grandement salué et applaudi par les Pestélois. Au-delà des commentaires des internautes, j'ai noté plusieurs points forts de cette action :

Bien avant de rentrer dans le fond du sujet, il m'importe de rappeler que le geste posé par les Abricotais envers Pestel n'est pas le fruit du hasard. On doit le placer dans son contexte. En effet, il est généralement admis que ces deux communes ont traditionnellement entretenu de très bonnes relations et que des familles à Pestel ont leur origine aux Abricots et vice versa. L'écrivain Jean Claude Fignolé en est une illustration. Sa mère Marie Alice Polycarpe était fille des Abricots tandis que son père Antoinier était fils de Pestel. Antoinier, le Pestelois, enseignant de carrière aux Abricots, a tissé plus étroitement la relation solide qui existait déjà entre les deux communes du département. Par la suite, Jean-Claude Fignole s’est tenu à cheval entre les deux communes résidant tantôt aux Abricots où il a été élu maire, et tantôt à Pestel, où il avait élu sa dernière demeure sur cette terre. En ce sens, on peut dire sans risque, que ce sont les actions positives de Antoinier Fignolé au sein de la communauté Abricotaise ainsi que celles de Jean Claude qui ont motivé la belle manifestation de solidarité déployée le weekend dernier par les Abricots, envers Pestel si sévèrement maltraitée  par le séisme du 14 août dernier.

Revenons aux leçons que j'ai moi-même tirées du geste posé par les Abricotais envers les Pestelois. Une telle action prouve que l'intercommunalité peut constituer une réponse viable post catastrophe. Dans ce cas, il paraît une évidence que les communautés avoisinantes ont intérêt à développer des stratégies pouvant renforcer leurs liens intercommunaux. Une caisse intercommunale d'urgence serait option intéressante à envisager. On en a besoin parce que le séisme du 14 août dernier prouve une de fois de plus que l'État haïtien n'est jusqu'à présent en mesure de gérer les urgences. Comment expliquer que Pestel a fallu attendre plus d'une semaine après le drame  pour recevoir la visite d'un officiel du pays, mais les mains vides. Deux semaines plus tard, l'aide de l'État se fait toujours attendre.

Dans le même sillage, cette action prouve que si l'État haïtien avait investi dans la production nationale, en période post catastrophe le pays n'aurait pas tout besoin des ONG. Ceci impliquerait l’introduction d’un dépôt régional de réserve et d'approvisionnement stratégique en cas d'urgence pour chacun des arrondissements. Les modalités relatives à ce sujet pourraient être développées en temps et lieu. En plus de tout cela, je me suis rendu compte que la coopération entre les communes peut apporter beaucoup de choses dans la nouvelle Haïti que nous préconisons. D’ailleurs, l’intercommunalité est en France un outil de promotion de développement intégré. Elle touche à l’histoire de ce peuple depuis le 19ème siècle. C’est grâce à cette stratégie que la France est devenue un pays décentralisé et de développement intégré. Il y existe depuis la loi du 22 mars 1880 la création des syndicats intercommunaux qui ont lutté pour permettre la décentralisation ait été une réalité.

Pour dire vrai, l’intercommunalité est dans certaines approches théoriques le point départ de la décentralisation et de la déconcentration. Ce sont les communes elles-mêmes qui doivent s'interconnecter pour permettre des projets viables arrivent en des zones placées sur la carte de vulnérabilité. En développant une telle culture, les communautés qui se rapprochent offrent les unes aux autres ce qu’elles n'ont pas. C’est à ce moment là que l'Etat intervient pour renforcer le cadre de coopération.

Parlant d’ONG, je voudrais faire remarquer que la présence permanente des ONG sur nos localités et leur gestion des programmes d’aide a un effet délétère sur nos populations. Par exemple, les programmes de CASH ont été introduits à la Grand'Anse après le passage de l'ouragan Matthew. On a réalisé que depuis lors, les gens sont de plus en plus dépendants de ces programmes au détriment des activités’ qui leur rapportaient leur propre cash avant l’ouragan, donc au détriment de l’économie des communes et de l’indépendance économique des populations. Les structures sociales d'entraide (eskwad) qui existent au niveau de la paysannerie sont nettement à la baisse. En plus, le phénomène des "Timoun lari" est en nette augmentation. La leçon que je tire de cet état de choses est que les catastrophes naturelles procurent une ouverture aux ONG qui font plus de mal que de bien sur le long terme en affaiblissant davantage notre autosuffisance alimentaire et en corrompant notre culture d'entraide. Pour que leur institution fleurisse il leur faut pouvoir continuer de distribuer, donc maintenir les pauvres dans la dépendance. Les pauvres s’y habituent peu à peu sous le regard indifférent de l’Etat et des élites toutes tendances confondues, et le temps que l’on s’en rende compte, la misère a remplacé la pauvreté.  C’est l’intercommunalité qui peut constituer une réponse viable à la logique d’intervention des ONG urgentistes.

Les communes les plus vulnérables du pays ont intérêt à se regrouper pour institutionnaliser l’intercommunalité ; elle peut être utilisée comme  stratégie pour enclencher la décentralisation et le  développement intégré si elles voulaient à ce que les gouvernements fassent d’elles une meilleure prise en charge. Ce n’est pas possible que les caisses d’assistance au sein des mairies soient des pots de chagrin. Ce n’est pas possible que 65% du budget national soient alloués au développement des grandes villes. Vous vous n’imaginez pas les retombés positifs que l’intercommunalité pourrait avoir sur l’économie, le secteur éducatif, sur l’agriculture.

Pour finir, je crois que l'intercommunalité est à promouvoir sous toute forme dans une perspective de post catastrophe. Je souhaite que les communes s'inspirent du geste des Abricotais pour réintroduire dans le pays la solidarité populaire de manière de couper court à l'assistanat. On en a  besoin pour permettre à ce que les savoir-faire et les expériences soient partagés pour le bien-être de nos communautés. On en a besoin pour établir des coopérations de pêche, d’agriculture,  d’artisanat, des échanges économiques structurés.

J’espère que Pestel va faire de même pour  Abricots. C’est en tout cas une occasion qui se présente pour les deux communes de renforcer leurs liens d’amitié et envisager de planifier ensemble plusieurs projets viables surtout dans le domaine de la pêche, du tourisme, dans  la gestion  des  déchets et des fonds d’urgence.

 

James St GERMAIN

Sociologue et professeur de philosophie

Un remerciement à Madame Maggy Desilier pour la révision de ce texte.

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