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Qu’est-ce qui se cache derrière l’Accord pour une Gouvernance Apaisée et Efficace de la Période Intérimaire

Qu’est-ce qui se cache derrière l’Accord pour une Gouvernance Apaisée et Efficace de la Période Intérimaire ?




Il y a pratiquement deux ans depuis que le pays a connu un mouvement de contestation sans précédent « pays lock» (septembre -décembre 2019). Pendant tout son déroulement, le changement du système nommé a tort ou à raison « sistèm peze souse » accusé d’être responsable de la dislocation de la société, était visé en ce sens qu’il n’a pas la prétention de garantir l’égalité des chances et créer la croissance et la richesse. Cette date qui marque le second anniversaire du déroulement de ce mouvement coïncide paradoxalement avec la signature d’un accord nommé « Accord pour une Gouvernance Apaisée et Efficace de la Période Intérimaire » qui semble ignorer les termes de référence inscrits en lettres d’or dans le cahier de charge des contestataires. 


 De toute façon, dans sa marche vers l’histoire, Haïti a encore raté une belle opportunité d’impressionner les autres, à travers un accord politique rassembleur qui pourrait fusionner les attentes des différentes strates de la société pour un apaisement des passions et une sortie de la crise multidimensionnelle qui étouffe la société haïtienne.   Le contexte actuel était le moment le plus propice que jamais pour les partis politiques, les organisations de la société civile de poser les jalons pour refonder l’État-Nation.  Les interlocuteurs en lice sur la scène n’ont jusqu’à présent pas exploité ce Momentum pour réaliser ce que le pays n’a pas pu bénéficier durant ses périodes de crise à répétition. Le professeur Michel Hector [2] a noté des dates telles que 1806, 1844, 1865, 1915, en 1946, 1986 où le pays a dû faire face à des crises sociopolitiques récurrentes, et pas des moindres. À cette liste, on ajoute 2004 puisque toutes étaient toutes articulées autour d’une même triple aspiration à savoir l’établissement d’un régime démocratique, la modernisation économique et l’intégration réelle des couches défavorisées. Cette aspiration reste à cette date lettre morte et Haïti tarde encore à rentrer dans le concert des nations. 


Fort de l’échec de solution durable dans la gestion de toutes les crises susmentionnées, bon nombre d’observateurs avaient émis l’hypothèse que la longue crise découlant des élections truquées du 26 novembre 2015 avec comme corollaire les manifestations de rue, l’opération pays lock aurait la même sentence que ses précédentes : aucune résolution et pourrissement de situation. L’accord baptisé « Accord Pour Une Gouvernance Apaisée et Efficace de la Période Intérimaire » signé par le pouvoir exécutif monocéphale, certains groupuscules de la classe politique et d’autres secteurs associés, a confirmé en quelque sorte la théorie de ceux qui prônent que plus ça change plus c’est la même chose en Haïti, car leur finalité, tout comme celle des mouvements de 1986 ou de 2004 demeure encore et toujours, le maintien du pouvoir (pour et par un petit groupe).

Effectivement, ils ont raison. 


L’histoire se répète. L’accord fraîchement signé par les protagonistes du pouvoir, avec le premier ministre Ariel Henry confirme l’argumentaire du « partage de gâteau » par des affairistes de tout poil. Le discours de « changement de système » prôné par ce groupe était un leurre mais sans surprise car son aspect organique selon l’expression gramscienne, vise les intérêts des « héritiers du système » et par conséquent ne promeut en aucun cas un changement du système. Le maintien du statuquo représente les intérêts mesquins de la communauté internationale, une frange de la société civile, patrons du business (ne parlons plus d’élite financière), d’une certaine bourgeoisie compradore et l’oligarchie politique traditionnelle et se devait d’être absolument protégé par la mise en place de ce que Antonio Gramsci appelle des « tranchées » et des « fortifications ».   


Les confusions, différends et luttes d’influence dès le départ, dans la lutte consistant à déboulonner le « sistèm peze souse» ont étouffé dans l’œuf toute velléité de changement. C’est dommage que les adeptes du changement réel n’aient pas pu s’inspirer et moderniser les stratégies utilisées par l’armée indigène pour la libération du pays en 1803. A l’ère de l’informatique, il faut mettre sur pied un marronnage moderne pour déjouer les pièges malins de l’ennemi multiple car aujourd’hui plus que jamais, à malin, il faut être malin et demie.


Pour rappel, il faut remonter à 1806 pour trouver la source du système quand le président Alexandre Pétion avait concédé le monopole du commerce de gros à une fraction des oligarques [2]. On est malheureusement en face d’un système qui cherche à reproduire perpétuellement les antagonismes historiques.  C’est regrettant que l’histoire se répète à la déception de ceux qui, en se basant sur des faits historiques comme la révolution russe de 1917, estiment que l’histoire n’est pas un fait répétitif.  Faut-il toujours une révolution pour empêcher que l’histoire ne se répète pas? On pensait qu’Haïti pouvait rééditer son exploit de 1804 qui a dévié de la règle déterministe de l’histoire. Aujourd’hui, toutes les conditions sont-elles réunies pour un changement en profondeur du système actuel ? Quel est le rôle des classes populaires et se laissent-elles manipuler et duper par le petit groupe d’affairistes toujours à la conquête de privilèges dans le système. 


Je conclurai donc pour dire que le pessimisme va saper l’énergie d’un grand nombre de jeunes si l’accord Ariel-Henry qui est loin d’être « largement large » devrait être mis en application. Les luttes qui aboutissent ne sont pas une litanie de slogans. Est-il encore possible de compter sur  la construction d’un véritable «bloc historique » pour enfin déboulonner le système qui garde les descendants des Va-nu-pieds très loin de l’appareil économique?


Mes Références 


  1. MANIGAT, Lesly François : La Politique agraire d’Alexandre Pétion, Imp. La Phalangie, Port-au-Prince, 1962. 
  2. Movements  populaires et sortie de crise (XIXe –XXe  siècles), 1998, online depuis 05 mai 2011 sur http// journalis.openedition.org/Plc/557 



James st Germain 

Sociologue et professeur de philosophie 

jamesstgermain19@ya

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