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Pouvoir et légitimité, le duo qui fait peur aux élites haïtiennes

 Pouvoir et légitimité, le duo qui fait peur aux élites haïtiennes

Comment trouver solution à un problème mal posé dès le départ ? Voici la mission impossible que se proposent les élites haïtiennes. Plus de trois décennies après le départ des DUVALIER, la démocratie elle-même comme système politique est remise en question et en particulier son corollaire, la constitution. À travers leurs objectifs trompeurs et leurs critiques visant en apparence la loi mère, ce qui est réellement attaqué sans même s’en rendre compte n’est pas un quelconque gouvernement ni la démocratie ni même la constitution mais bien les principes républicains élémentaires et, en particulier, le suffrage universel direct. La république, rappelons-le, se définit comme un mode d’organisation d’un pays dans lequel le pouvoir est exercé par des représentants de la population, donc des élus, et où le chef de l’État n’est pas le seul à décider du sort du peuple. Il va de soi que dans une république la seule manière légitime d’accéder au pouvoir est d’obtenir préalablement l’adhésion populaire par le verdict sacré des urnes. Ce n’est pas par hasard que sur 197 pays dans le monde 152 ont choisi d’être une république. Dès 1806, avec PÉTION, nous sommes devenus l’un des premiers pays au monde à avoir opté pour la république puisqu’elle est la plus conforme à nos aspirations égalitaires qui sont d’ailleurs l’un des piliers de l’idéal dessalinien. La démocratie est sans doute la moins mauvaise des formes de gouvernance que nous avons connues parce qu’elle s’accorde sans peine avec les idéaux républicains chers aux pères de la patrie. Notre mémoire de peuple est courte et notre capacité d’analyse faible. C’est sur ces failles justement que comptent les ennemis de la république pour nous vendre l’amalgame « démocratie/république/constitution ». L’un n’est pas synonyme de l’autre, l’un ne garantit pas forcément l’autre. La constitution étant le maillon faible de la chaine, on tire dessus à boulets rouges mais, dans la ligne de mire, les vraies cibles sont les acquis démocratiques datant d’avant même 1987, mis en veilleuse par la dictature duvaliériste, ainsi que les principes élémentaires qui font l’essence même de la république.

Que c’est triste de voir d’anciens sénateurs de la République, d’anciens hauts responsables d’État, comme pour se moquer de la souveraineté populaire, se prêter à un exercice à la fois dangereux, enfantin et ridicule dans un hôtel de Port-au-Prince en plein 21e siècle ! Le ridicule ne tue pas, dit-on, apparemment encore moins en politique. À l’article 16 de la Constitution républicaine de 1816, il est stipulé de manière encore plus explicite que dans les chartes suivantes que « la souveraineté réside essentiellement dans l’universalité des citoyens ; nul individu, nulle réunion partielle de Citoyens ne peut se l’attribuer ». Comment en est-on donc arrivé là ? En réalité, un énorme fossé sépare les élites haïtiennes des couches populaires qui sont censées leur déléguer le pouvoir dans un régime de démocratie représentative comme le nôtre. Ce qui fait la force de ce dernier et lui donne du sens, c’est l’existence de partis politiques structurés et solides, capables de soutenir des offres politiques valables. Or, au lieu de se renforcer depuis 1987, l’emprise des partis politiques sur la population s’est au contraire effritée au fil du temps. Plus aucun parti n’entretient de lien organique réel avec la population, comme ce fut le cas à un certain moment de l’OPL, de Fanmi Lavalas ou même du RDNP pour ne citer que ceux-là. La conséquence en est la voie ouverte aux outsiders de tout poil à chaque élection et qui finit par affaiblir nos institutions au lieu de les renforcer. De fait, pour le grand malheur d’Haïti, à part la très courte parenthèse de Lesly F. MANIGAT, tous ceux qui ont dirigé le pays depuis la chute de DUVALIER sont ce que je prends la liberté d’appeler des parvenus politiques. Sans aucune expérience préalable dans les affaires publiques, rien dans leur parcours ne les a préparés à occuper la plus haute et prestigieuse fonction dans une république. Dans ces choix souvent scandaleux, le peuple s’est vu « aidé » par la communauté internationale qui n’hésite pas, elle aussi, à trafiquer la volonté populaire à son profit. 

Sous DUVALIER on était vexé d’entendre dire que « ce peuple n’est pas prêt pour la démocratie ». C’est pourtant le discours dominant actuel, sauf que plus personne ne s’en vexe ou presque. Personne n’ose non plus le qualifier de néo-duvaliérisme alors que c’est principalement ce l’on reprochait à la présidence à vie. Ce qu’on nous propose aujourd’hui en fait, c’est un régime politique qui se moque de l’adhésion populaire, qui dicte ses propres règles et définit lui-même la durée de son exercice du pouvoir, faute d’incapacité de le conserver à vie. Toutes les institutions républicaines étant mises K.O. pour des raisons qu’il est inopportun de débattre ici, la voie est donc libre. Aucune action des dirigeants ne peut faire l’objet d’un contrôle même judicaire ; ils n’ont de compte à rendre à personne. Pire qu’une dictature qui se courbe quand même à un minimum de principes, il s’agit là d’un régime autocratique qui édicte lui-même ses normes au gré des besoins de sa cause et forcément au détriment du peuple haïtien. On se contente de l’appeler pudiquement « transition ». Or, celle-ci se définit comme le passage d’un état à un autre, ce n’est donc qu’un processus. Inavouable sans doute, le premier état proposé ne dit pas son nom alors qu’il en a un. C’est ce que nous venons de démontrer plus haut. Le second état, on le devine sans peine, est le retour à l’ordre démocratique. Quel sens peut-on donc trouver à un exercice qui consiste à passer inlassablement et régulièrement d’un état à un autre, un  va-et-vient permanent depuis près de 4 décennies : transition, parenthèse démocratique puis transition et … parenthèse démocratique ? De 1986 à nos jours, seulement deux présidents ont eu la chance de terminer leur mandat constitutionnel, non sans remous, et tous deux sous la protection honteuse d’une force d’occupation étrangère. Pas moins de 4 coups d’État ont été enregistrés et au moins 10 accords politiques (entendez par là une entente entre amis qui a la force d’une constitution temporaire et qui met en veilleuse techniquement celle en vigueur) pour assurer « la transition ». Sous une apparence faussement démocratique, l'accord politique s’oppose par essence à la démocratie parce qu'il suppose un prétendu consensus préalable. Or, la démocratie part de l’hypothèse du consensus impossible et ne tranche dans le dissensus qu’à travers les urnes.

Malgré toutes ces marches arrière, ces égarements, on s’entête à faire le bilan de notre exercice démocratique depuis 1987 et on se plait à nous dire que c’était mieux sous DUVALIER. Oui, j’en conviens : c’était mieux sous DUVALIER à certains égards, tout comme c’était bien mieux avant DUVALIER à tous les égards. Pour mieux apprécier la situation du pays et envisager des pistes de solutions raisonnables pour l’avenir, il faudrait à mon sens d’abord dresser plusieurs bilans : celui de la gestion catastrophique de la chose publique pendant ces trois dernières décennies, celui des choix populaires certes mais aussi celui de l’ingérence internationale et enfin le bilan du boycott permanent du projet démocratique de 1987. Ce n’est pas seulement la remise en question de notre régime démocratique qui relève de la démence. La vraie folie, c’est surtout d’attendre des résultats positifs visant l’amélioration des conditions de vie de la population à partir de choix politiquement suicidaires. 

S’il est indéniable que dans le contexte actuel aucune solution constitutionnelle à la crise n’est envisageable et qu’il faut nécessairement un compromis politique, qu’il soit alors le moins trompeur et le plus court possible car le temps des accords politiques sur le long terme entre copains est révolu ! Quiconque en rêve encore prépare une bombe à retardement car il est des acquis dans l’Histoire d’un peuple qui sont irréversibles. Les forces rétrogrades ne peuvent les contenir qu’en subissant en retour un effet boomerang dévastateur. Les élites politiques provinciales tôt ou tard revendiqueront leur droit à décider d’eux-mêmes de leur avenir. Ce sera alors ou le chaos ou l’éclatement de la république. Le problème d’Haïti ne se résoudra pas en privant le peuple de son droit de choisir librement !

 

Rolphe PAPILLON

Député de Corail à la 50e législature

rolphepapillon@hotmail.com

 

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